17 mars 1839

« 17 mars 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 271-272], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6332, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon cher petit homme, bonjour, mon adoré. Je deviens de plus en plus paresseuse mais ce n’est pas tout à fait ma faute car j’ai très mal dormi ce matin. Je ne sais pas pourquoi, à moins que ce ne soit de plaisir. Vous avez été si charmant hier et si adorablement bon qu’il y avait bien de quoi me tenir éveillée tout le reste de la nuit. Bonjour toi, je t’aime. Je voudrais être avec vous, bien loin d’ici dans une AUBERGE ou sur un grand chemin ou autre part, pourvu que nous soyons ensemble et libres.
Cette vieille ACTEUSE1 m’a rappelé hier le plus beau temps de ma vie, celui où nous étions si persécutés et si heureux. Nous ne le sommes pas moins à présent, au contraire, mais le passé de l’amour, c’est comme le portrait d’un enfant bien aimé qu’on aime à regarder dans sa petite figure jeune et fraîche. Je ne sais pas si tu pourras me comprendre car je dis précisément ce qu’il faut pour ne pas l’être. Mais je veux dire que dans un amour comme le nôtre, le souvenir du bonheur passé est aussi vif que celui du présent, et que celui qu’on espère l’est autant que ces deux-là. Et puis d’ailleurs, il n’y a pas tant à chercher pour trouver ce que je veux dire : je t’aime, je t’aime, je t’aime, voilà le fond et le sens de ma lettre. DEVINE SI TU PEUXa ET CHOISIS SI TU L’OSES2.

Juliette


Notes

1 Néologisme régulier de Juliette Drouet pour « Actrice ».

2 Citation de Corneille (dans Héraclius, acte IV, scène 5).

Notes manuscriptologiques

a « PEU ».


« 17 mars 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 273-274], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6332, page consultée le 24 janvier 2026.

Il est sept heures à ma pendule et Mme Pierceau n’est pas encore venue, je ne pense pas qu’elle vienne maintenant. Mais je voudrais vous voir mon Toto. J’étais échevelée tantôt et je n’ai pas eu à peine le temps de vous voir et encore moins celui de vous baiser, cependant j’en avais un fameux tas à vous donner et qui me remplissent la bouche et la gorge depuis cette nuit. Enfin voilà comme vous êtes : plus on vous aime et plus vous êtes invisible, ce n’est pas encourageant et je devrais bien, par calcul, vous aimer un peu moins pour vous forcer à être un peu plus assidu. À propos, pendant que j’y pense, tu devrais bien prendre sur toi de monter jusqu’à la chambre de la bonne pour faire un choix parmi tes vieilles bottes afin de les donner en même temps que l’habit et le gilet à ces pauvres Lanvin qui en ont le plus grand besoin. Si vous veniez DÉJEUNER demain, vous pourriez faire cette bonne œuvre en même temps. Hein ? Qu’en dites-vous ? Je n’ose pas y compter parce que le bonheur que j’espère et qui ne vient pas m’est un chagrin si vif que j’aime mieux ne pas l’espérer afin de moins souffrira. Je vous aime, Toto.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « soufrir ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.