9 février 1879

« 9 février 1879 » [source : BnF, Mss, NAF 16400, f. 42], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5323, page consultée le 24 janvier 2026.

Cher bien-aimé, j’ai peur que la grande tempête ne t’ait empêché de dormir comme elle me l’a fait à moi ; mais, ce qui est indifférent pour moi, ne me l’est pas quand il s’agit de toi, de ton repos et de ta précieuse santé ; aussi j’attends avec impatience les renseignements de Mariette pour savoir au juste à quoi m’en tenir sur ta nuit. J’ai déjà ouvert quelques lettres parmi lesquelles il y en a une de Mme H. Lucas qui te remercie avec effusion du service que tu lui as rendu et qui accepte, ainsi que sa fille et son gendre, ton invitation pour demain. Le journal Le Petit Parisien d’hier soir a mis en vedette et en gros caractère la petite lettre d’adhésion que tu as écrite à Catulle Mendès à propos des six condamnés à mort ; laquelle a eu pour effet la réponse immédiate de M. Duhamel1.
« J’ai l’honneur de vous informer que, par ordre du Président, je viens de transmettre cette supplique à M. le ministre de la Justice en appelant sur elle toute sa bienveillance ».
Voilà ce qu’onta produit trois lignes de toi. L’humanité te devra je l’espère encore cette fois la vie de six misérables de plus et moi une nouvelle occasion de t’admirer, de te vénérer, de t’adorer et de te bénir.

[Adresse]
Monsieur Victor Hugo


Notes

1 Jean Frollo fait la une du Petit parisien daté du 7 février 1879 avec ce titre : « On va tuer six hommes ! ». Il s’agit de Perrot, en France, condamné par la cour d’assises de l’Yonne, et en Algérie de Mohammed Ben Abdel Hadi et de ses trois complices, ainsi que de Ali Ben-Bou-Chert, condamnés par la cour de Constantine. Le journaliste publie la lettre ouverte qu’il a adressée à Jules Grévy, élu tout récemment Président de la République. Il conclut son article par un appel à Victor Hugo, « Eviradnus à la belle barbe banche, toujours prêt à combattre l’affreux monstre tueur. » Le journal daté du dimanche 9 février (et paru la veille) débute par cette réponse de Victor Hugo, en gras : « Cher poëte, cher confrère, / Vous dites éloquemment des choses auxquelles je suis heureux d’ajouter mon adhésion. » Juliette Drouet extrapole : ce ne sont pas les trois lignes de Hugo qui ont déclenché la réaction de la présidence de la République : la réponse de M. Duhamel, secrétaire général de la Présidence de la République, publiée juste en-dessous, concerne la transmission de la supplique du 7 février de Jean Frollo.

Notes manuscriptologiques

a « ce que qu’on ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils montent dans un ballon captif et font un voyage à Veules et à Villequier.

  • FévrierLa Pitié suprême.
  • 28 févrierDiscours pour l’amnistie.
  • 21 marsMort de Léonie Biard.
  • 5 juilletIls montent dans un ballon captif au-dessus de la cour des Tuileries.
  • 28 août-11 septembreSéjour à Veules (chez Paul Meurice) et à Villequier (chez Auguste Vacquerie)
  • 2 décembreBlanche Lanvin épouse Émile Rochereuil.