« 15 novembre 1878 » [source : BnF, Mss, NAF, 16399, f. 181], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4714, page consultée le 26 janvier 2026.
Paris, 15 [novembre] [18]78, vendredi matin, 8 h.
Mon pauvre bien-aimé, quel désastre dans ta belle chambre et quelle nuit tu as dû passer sous cette gouttière incessante ? J’en suis consternée et surtout très tourmentée pour les conséquences mauvaises qu’elles peuvent avoir pour ta santé. Je regrette qu’on ne m’est pas avertie : je t’aurais abrité dans mon lit et j’aurais couchéa dans celui d’Henriette auprès de toi, ce qui aurait fait de ta catastrophe mobilière une bonne fortune pour moi dont le souvenir serait resté dans ma mémoire parmib ceux que je bénis. Au lieu de cela on m’a laisséec, par bonté, je le reconnais, dans l’ignorance de ce qui [se] passait et tu es resté sous cette cataracte toute la nuit ! C’est terrible ! Je suis allée dès que je l’ai su dans ta chambre pour savoir de toi-même comment tu avais supporté cet accident mais j’ai cru à ton immobilité que tu dormais et je me suis retirée sans faire de bruit pour ne pas te réveiller. Maintenant, mon pauvre adoré, comment vas-tu faire ? Les ouvriers eux-mêmes sont consternés et ne savent auquel entendre pour remédier au mal efficacement dans un bref délai et par le temps qu’il fait. Outre le dégât qui se continue dans ta chambre et dans le salon il y a pour eux l’impossibilité de continuer les travaux intérieurs d’aménagement et d’ameublement1. C’est ce dont tu pourras te rendre compte tantôt. En attendant et pour aller au plus pressé il faut que tu élisesd domicile chez moi dès aujourd’hui jusqu’à ce que tout soit réparé et bien remis en état et que ta chambre soit bien asséchéee. Moi je coucherai dans le petit lit d’Henriette tout près de toi, ce sera très gentil et me rappellera mon bonheur d’autrefois. Musée rétrospectif des milliards et des milliards de fois plus intéressantf et plus beau que celui que nous avons vu hier ensemble avec ta charmante belle-fille. Ne me refuse pas ce bonheur, je t’en [supplie ?].
1 Hugo s’est installé avec Juliette depuis le 10 novembre au 130, avenue d’Eylau.
a « couchée ».
b « parmis ».
c « laissé ».
d « élise ».
e « asseschée ».
f « intéressants ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est victime d’un accident vasculaire cérébral. Toute la famille l’accompagne en convalescence à Guernesey, où Juliette découvre, dans des carnets cryptés en espagnol, l’ampleur de ses infortunes. Au retour, ils emménagent avenue d’Eylau.
- 15 janvierHugo lègue à Juliette Drouet 12 000 francs de rente viagère.
- 15 marsHistoire d’un crime (tome II).
- 29 avrilLe Pape.
- 27-28 juinHugo est victime d’un accident vasculaire cérébral.
- 4 juillet-9 novembreSéjour à Guernesey.
- À partir du 17 juilletJuliette, ayant découvert dans un carnet de Hugo les commentaires cryptés en espagnol de ses bonnes fortunes, écrit régulièrement à son neveu Louis, resté à Paris, et lui demande de lui envoyer un vocabulaire franco-espagnol, et d’enquêter sur la vie actuelle de Blanche.
- 26 aoûtJuliette refait son testament. Le nouveau est plus favorable à son neveu Louis Koch qu’à Victor Hugo.
- 10 novembreInstallation au 130, avenue d’Eylau.
