« 7 janvier 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 23-24], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3148, page consultée le 25 janvier 2026.
7 janvier [1839], lundi matin, 11 h. ½
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour, mon amour. Comment vas-tu ce matin, mon
adoré ? Je serai inquiète tant que je ne t’aurai pas vu, parce que tu paraissais
fatigué, cette nuit, de la conversation avec ton frère et cependant tu as eu
mille fois raison de ne pas consentir à ce qu’il te demandait cette fois-ci. Donne-moi
tes petits pieds, mon adoré, que je les baise. Tu es au-dessus de nous tous et aussi
haut que Dieu. Il y a des moments où je crois qu’il s’est fait homme une seconde fois
dans ton éblouissante et merveilleuse nature, et je t’adore alors autant que je
t’aime.
Je n’ai pas vu Lanvin ce matin
quand il est venu chercher Claire. Il avait
laissé à Suzette une lettre à toi adressée et que j’ai DÉCACHETÉEa. Elle contient un
remerciementb et une demande
de place meilleure que la sienne. Je ne sais pas si tu pourras t’en occuper dans ce
moment-ci, où tu es accablé d’affaires et de soucis. Mon pauvre adoré, je le sens
bien
vivement, va, et je voudrais pouvoir me sacrifier corps et âme, si cela ne m’empêchait
pas de t’aimer, pour t’épargner un ennui ou une fatigue. Jour, mon petit homme, je
t’aime, va, je t’adore, mon Toto chéri.
Juliette
a « décachettée ».
b « remerciment ».
« 7 janvier 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 25-26], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3148, page consultée le 25 janvier 2026.
Je me suis levée, mon petit homme bien-aimé, afina d’être plus à-même de vous tripoter quand, par hasard, vous venez me voir, car, depuis que vous avez un admirable paletot, vous ne vous approchez de mon lit qu’à une distance infiniment trop respectueuse. Pour vous ôterb tout prétexte de vous soustraire à mes caresses, je prends le parti de me lever, toute souffrante que je suis. La petite bonne de la mère Pierceau est venue chercher son eau de Cologne. En même temps, elle m’apportait les 4 mouchoirs que j’ai eu la satisfaction de payer tout de suite. Enfin, mon pauvre petit homme, tout acheté et tout payé, il me reste 20 francs sur les 100 francs que tu m’as apportés aujourd’hui. L’argent, chez moi fond comme du beurre à la poêlec, c’est effrayant. Il est grand temps, mon amour, que vous fassiez de moi une grande acteuse gagnant beaucoup d’argent. Mais en attendant, mon cher petit bien-aimé, je vous supplied de m’être fidèle et de ne pas aller ce soir au théâtre de la Renaissance et de ne pas oublier que je vous attends à souper ce soir de très bonne heure. Papa est bien i. Jour, papa, à ce soir, je vous aime.
Juliette
a « à fin ».
b « ôtez ».
c « poële ».
d « suplie ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
