« 21 mars 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 77], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2324, page consultée le 25 janvier 2026.
Guernesey, 21 mars [18]73, vendredi matin, 7 h. 35 m[inutes]
Ton bonjour, mon bien-aimé, s’est rencontré avec le mien et ton baiser aussi, ce dont
je suis si heureuse que j’en suis toute réchauffée, de glacée que j’étais auparavant.
Je pensais en t’attendant au proverbe : quand on parle du loup on en voit la queue ;
et les élections idem, à ce qu’il paraît. Je ne me doutais pas en t’en parlant hier
en
voir surgir une aussi prochaine. Celle que je prévois et qui me semble inévitable
tu
ne peux l’accepter qu’au renouvellement général de l’assemblée et dans la
circonscription de Paris. Pour lui donner toute sa signification et toute sa puissance
d’action. Je te parle de cela comme un aveugle des couleurs selon mon habitude de
mouche du coche bourdon bourdonnante. Quant à celle que Lyon t’offre aujourd’hui,
je
n’en vois pas la nécessité, pas plus pour lui que pour toi, avec la dissolution prévue
de cette caduque et criminelle assemblée dans un délai très rapproché1. J’aimerais mieux aller tout bonnement à Paris voir ton petit
Victor, ton Petit Georges, ta Petite
Jeanne et ta bru que de perdre mon temps dans les water-closet de
Versailles. dixit ! Voilà toute ma politique pour le quart d’heure.
Le temps est
beau ce matin mais raide. Cependant je voudrais bien sortir avec toi tantôt. Pour
peu
que mes vilaines douleurs le permettent je me donnerai cette joie si tu viens me
chercher.
J’attends ce matin la Broisine qui doit venir chercher de l’argent. Je viens d’envoyer de la
soupe au petit Planque qui va mieux dit-on.
Pour ma part je te remercie avec reconnaissance d’allouer un pain par semaine à cette
pauvre famille, au moins on sera à peu près sûr que les pauvres petits enfants ne
mourronta pas de faim. Sois béni,
mon adoré, autant que tu es bon.
1 Allusion à l’offre que fait à Victor Hugo, fin mars, un groupe de citoyens radicaux du sixième arrondissement de Lyon, pour susciter sa candidature à la députation du Rhône. (Actes et paroles, III, 13, édition citée, p. 860).
a « mourrons ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.
- 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
- 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
- 12 juilletBlanche revient secrètement.
- 21 juilletBlanche repart pour Paris.
- 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne. - 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
- 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
- 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
- 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
- 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
- 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.
