« 11 mars 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 67], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2314, page consultée le 26 janvier 2026.
Guernesey, 11 mars [18]73, mardi matin, 8 h. 10 m[inutes]
Cher bien-aimé, j’ai recueilli avec attendrissement et avec reconnaissance ton cher
petit bonjour de tout à l’heure. Je te remercie de ne l’avoir pas fait plus long,
l’état du ciel étant donné. J’espère que tu as bien dormi malgré la tourmente de cette
nuit.
Quant à moi j’ai passé ma nuit à souffrir de mes reins et de mes flancs et
à vomir de la bile verte et liquide comme de l’absinthe. Dans ce moment-ci je me sens
un peu soulagée, ce qui ne m’a pas empêchée de venir me mettre au lit d’où je te
gribouille tous ces vilains détails. J’espère que la chaleur du lit me fera beaucoup
de bien et achèvera peut être de dissiper cette crise assez maussade. J’espère surtout
mon pauvre adoré, que tu auras de bonnes nouvelles de tous tes chers enfants grands
et
petits. Quel bonheur le jour où nous les reverrons tous en bonne santé et en joie.
D’y
penser mon cœur en tressaute de plaisir. En attendant aimons-nous le plus près
possible l’un de l’autre afin qu’aucun malheur ne puisse passer entre nous deux. C’est
bien assez que les voleurs entrent par tes fenêtres mal fermées pour te dépouiller.
C’est ce matin que la Broisine vient
chercher de l’argent pour boucher le trou fait à sa caisse. Il paraît que la pauvre
femme en est tellement chagrine qu’elle t’en ferait pitié. Quant à moi je ne me sens
pas le courage de lui faire une admonestation au sujet de son étourderie dont elle
est
personnellement la victime. Je crois d’ailleurs qu’il n’en est pas besoin et que la
leçon lui profitera pour le reste de ses jours. Je t’aime, je te vénère et je
t’adore.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.
- 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
- 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
- 12 juilletBlanche revient secrètement.
- 21 juilletBlanche repart pour Paris.
- 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne. - 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
- 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
- 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
- 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
- 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
- 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.
