26 janvier 1872

« 26 janvier 1872 » [source : BnF, Mss, NAF 16393, f. 23], transcr. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.829, page consultée le 25 janvier 2026.

J’espère, mon grand piocheur, que tu n’as pas eu l’idée de prendre la clef des champs, ni celle des bois, ni même la clef des amourettes1 par ce temps de grenouilles et de gribouillis ! A ce propos je te fais souvenir que ton parapluie est ici.
Tu as dû recevoir sous enveloppe les 300 F. de Charroin que Suzanne devait te remettre en main propre ce matin. Je te fais ce petit rappel pour que tu n’oublies pas au milieu de tous tes embarras de charrettes sans parler de tes nombreux chiens à fouetter.
Dites donc, Môsieur le poëte, à quelle étonnante infirmière sont dédiés ces vers galants que vous n’avez pas jugé à propos de me faire copier2 ? Ce petit scrupule de conscience cache probablement une grosse infamie dont mon pauvre vieux cœur aura à souffrir, hélas ! A preuve c’est que le sourire contraint que j’ai tâché d’ébaucher en commençant cette question s’achève dans mes yeux pleins de larmes. J’ai tort d’avoir encore de ces curiosités douloureuses mais j’ai encore plus tort de t’aimer en 1872 avec la même passion ardente et jalouse que j’avais en 1833. Cet anachronisme est plus qu’une faute, c’est un ridicule qu’il est juste que j’expie. Tant pis si je t’aime trop.


Notes

1 Citation de la fin de la section XIX de L’Archipel de la Manche, qui n’est pas encore publié, mais déjà écrit : « [L]e Français sentait poindre en lui cet épaississement du deuil intérieur qui commence la nostalgie ; il regardait, il écoutait ; pas un rayon ; des cormorans en chasse, des nuages en fuite ; partout sur l’horizon une pesanteur de plomb ; un vaste rideau livide tombant du zénith ; le spectre du spleen dans le linceul des tempêtes ; rien nulle part qui ressemblât à l’espérance, et rien qui ressemblât à la patrie ; le Français songeait, de plus en plus assombri ; tout à coup il releva la tête ; une voix sortait d’une des chaumières entr’ouvertes, une voix claire, fraîche, délicate, une voix d’enfant, et cette voix chantait : « La clef des champs, la clef des bois, / La clef des amourettes ! »

2 Evelyn Blewer identifie le poème « Si dans ce grand Paris, ô charmante infirmière... » recueilli dans la section Le Moi de Toute la lyre.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils partent à Guernesey pour un an, le temps pour Hugo d’écrire son roman Quatrevingt-treize et d’entreprendre la conquête de Blanche, servante de Juliette.

  • 7 janvierÉchec de Hugo à une élection partielle.
  • 13 févrierHugo retrouve chez le docteur Allix sa fille Adèle, qu’il n’a pas vue depuis le 18 juin 1863. Elle revient de la Barbade.
  • 17 févrierAdèle, fille de Victor Hugo, est internée dans la maison de santé du docteur Brierre de Boismont, à Saint-Mandé.
  • 16 marsActes et Paroles.
  • 7 avrilBlanche Lanvin entre au service de Hugo.
  • 29 maiNaissance de sa petite-nièce Juliette, fille de son neveu Louis Koch.
  • 10 août 1872-30 juillet 1873Séjour à Guernesey.
  • 25 décembreHugo entreprend la conquête de Blanche Lanvin.