« 20 septembre 1868 » [source : BnF, Mss, NAF 16389, f. 261], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9131, page consultée le 24 janvier 2026.
Bruxelles, 20 septembre 1868, dimanche, midi ½
Que fais-tu de ton rhume, mon cher bien-aimé ? J’aime à croire que tu l’as déjà exterminé. Que ne puis-je en dire autant du mien qui semble vouloir s’éterniser à tout jamais en moi. Il est vrai qu’il s’y ajoute beaucoup de complications dont il profite avec acharnement. Cette nuit ma toux a amené le vomissement complet et entier de mon dîner et ravivé ma douleur de côté. Je n’en ai pasa moins pris mon fameux verre d’eau que j’ai encore dans le ventre ou plutôt sur le cœur. Si je n’écoutais que mon instinct de conservation, je m’abstiendrais de toute médicamentation, au moins pendant mon rhume et jusqu’à ce que je sois de retour à Guernesey où je puis avoir mes coudées franches pour être malade et pour me soigner. Je regrette que ce ne soit pas ton avis, car Dieu sait ce que me coûte mon obéissance à ta médicaillerie inopportuneb. Enfin c’est encore une manière de te témoigner mon amour [illis.] À ce point de vue-là, la souffrance a son bon côté et je m’y résigne avec toute la grâce dont je suis capable. J’ai payé la note de l’hôtel montant à 72 francs 10 sous, ce qui met la bourse de Suzanne à sec. Tantôt j’enverrai savoir si le jeune Millaud est arrivé1 et s’il dînera chez moi ce soir. En attendant, je te geins mes plus tendres tendresses.
1 Victor Hugo était convenu avec l’éditeur Albert Millaud d’un projet d’œuvre collective : « Tout pour tous, répertoire de l’esprit humain au XIXe siècle ». Le 12 août 1868, Victor Hugo reçoit une lettre d’Albert Millaud qui accepte le projet, qui pourtant n’aboutira jamais.
a « Je n’en n’ai pas ».
b « ta médicaillerie inoportune ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Mme Hugo, devenue presque aveugle, meurt à Bruxelles peu après la naissance de son second petit-fils. Depuis quelques mois, Juliette était invitée aux fêtes familiales, et lui faisait la lecture.
- 29 janvierHernani est joué au Royal Theatre de Jersey.
- 31 janvierHernani est joué au Théâtre Royal de Guernesey.
- 14 avrilMort de Georges, petit-fils de Victor Hugo.
- 27 juillet-9 octobreSéjour à Bruxelles.
- 16 aoûtNaissance de Georges, fils d’Alice et Charles Hugo, qui lui donnent le prénom de leur premier-né mort quatre mois plus tôt.
- 27 aoûtMort d’Adèle, femme de Victor Hugo, à Bruxelles. Hugo accompagne son cercueil jusqu’à la frontière.
