22 octobre 1837

« 22 octobre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 299-300], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7541, page consultée le 24 janvier 2026.

Je ne me fais pas illusion, mon cher petit homme. Vous voilà parti pour toute la journée et pour toute la soirée1. En supposant que vous veniez m’apporter les journaux, c’est tout ce que je peux espérer de plus heureux dans cette journée. Si vous aviez un bon cœur, vous m’auriez laissé comme dédommagement les vers sur nos anciennes promenades2 à lire et à copire. Je me serais transportée avec plus de joie dans nos chers souvenirs, tandis qu’à moi toute seule je me promène tristement dans nos rendez-vous aussi découragée que lorsque vous ne veniez pas me rejoindre, absolument comme aujourd’hui. Pourquoi donc ne m’emmenez-vous pas comme autrefois ? Je vous aurais accompagné jusqu’à la porte des B3. et je serais revenue coucher à Versailles. Vous êtes bien changé, mon petit Toto, pour tous ces petits détailsa de notre ancienne vie. Maintenant vous aimez mieux les tête-à-tête avec ARMAND4 et les coussins élastiques de sa calèche que le tête-à-tête avec votre Juju dans un coupé de gondole peu ou pas suspendu5. Je remarque ces divers changements et je m’en afflige. Plus tard, la manie d’imitation et le besoin d’être en tout pareille à vous me feront faire les mêmes progrès que vous et alors nous serons parfaitement heureux, n’est-ce pas ? En attendant vous l’êtes tout seul, à votre manière. Moi je vous aime de toute mon âme et je regrette notre bon vieux temps.

Juliette


Notes

1 La famille Hugo séjournera aux Roches du 22 au 27 octobre.

2 La veille, Hugo a achevé le poème « Tristesse d’Olympio ».

3 Les Bertin ont une propriété aux Roches où Juliette rêve de retourner après ses séjours auprès de Hugo en 1834 et 1835.

4 Il s’agit d’Armand Bertin, fils de Louis-François Bertin.

5 Au XIXe siècle, les diligences qui assurent les liaisons entre Paris et sa périphérie sont appelées « gondoles ». Elles n’ont ni ressort, ni suspension.

Notes manuscriptologiques

a Après ce mot, Souchon a inséré par erreur la fin de la lettre précédente. Dans son édition, on trouve donc la suite de la lettre actuelle éditée par une erreur d’inversion dans la lettre de la veille.


« 22 octobre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 301-302], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7541, page consultée le 24 janvier 2026.

Vous n’êtes pas revenu m’apporter les journaux, mon cher petit homme, et voilà que je crois que cet incident prouve que vous êtes à Paris et que vous viendrez souper avec moi. Ce serait d’autant plus charmant que je suis entièrement seule. Mme Pierceau, en m’envoyant ma robe par la bonne, m’a fait dire qu’elle ne viendrait pas ce soir. J’en serais plus contente que fâchée si tu dois venir ce soir mais… malgré les efforts que je fais pour espérer, je désespère. J’ai cependant mis ma belle robe rouge. Il ne tiendrait qu’à moi d’aller au bal si je voulais. Mais je ne le veux pas. Quand vous êtes loin de moi, je n’ai pas le cœur à la danse, encore moins à la plaisanterie. Je suis NOIRE comme de l’encre. Je suis un vrai hibou au moral et au physique. C’est ce qui fait que je vous aime de toutes mes forces. Je me rejette là-dessus pour ne pas mourir de chagrin et d’ennui. Autant je suis heureuse et gaie avec vous, mon petit homme, autant je suis malheureuse et démoralisée loin de vous.
Si par hasard vous étiez parti aux Roches sans être venu me voir auparavant1, convenez que vous seriez un grand scélérat digne de tous les supplicesa. Si au contraire vous êtes resté à Paris, vous êtes un charmant petit homme bien adoré et digne de tous les bons sentiments avec lesquels je vous attends. Je t’aime mon adoré. Mon Toto chéri je t’aime.

Juliette


Notes

1 Cette année-là, la famille Hugo séjourne aux Roches du 22 au 27 octobre.

Notes manuscriptologiques

a « suplices ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.

  • 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
  • 26 juinLes Voix intérieures.
  • 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
  • 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.