« 15 février 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 47], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.13016, page consultée le 26 janvier 2026.
Guernesey, [illis.][15 février], 8 h.
Je vois par ta fenêtre close que tu as encore mal dormi cette nuit1, mon pauvre bien-aimé, ce qui fera deux nuits blanches coup sur coup ajoutées à tes journées laborieuses, ce qui est excessif même pour un homme aussi admirablement constitué que toi. Je crains que tu ne finissesa par retomber dans cette vilaine maladie [illis.] qui [illis.] tant souffrir il y a trois ans2. Peut-être ferais-tu bien d’enrayer un peu ton travail jusqu’à ce que tu aies retrouvé ton bon sommeil, ce qui ne serait peut-être pas long, pris à temps et dans cette saison favorable à l’exercice. Penses-y, mon cher bien-aimé, et ne te fie pas trop à tes forces et à ton courage en attendant il va falloir que[Une ligne illisible.] corvée de la COUR3. Tout à l’heure je vais envoyer Suzanne chez toi pour te prévenir dans le cas où, par impossible, toi et ceux de ta maison auriezb oublié de t’en faire souvenir. De mon côté il faut que je pense à être prête à une heure pour aller voir avec toi et ton charmant petit Toto le beau bateau4 en question. C’est un honneur et un bonheur que je ne veux pas manquer quoique je sois assez mal en point ce matin surtout du côté des jambes. J’ai eu cette nuit une crampe dans la jambe droite tellement violente que je suis tombée au bas de mon lit et que j’ai failli me fendre la tête sur le rebord de mon vase de nuit. La contraction a été si forte que la douleur persiste encore en ce moment jusqu’à me faire boiter. Mais cela ne m’empêchera pas de me joindre à vous pour cette visite, dussé-jec y aller à quatre pattes comme une toutoute que je suis.
1 Victor Hugo note, en effet, dans son carnet : « 15. trois coups très forts frappés dans ma chambre m’ont réveillé au point du jour. » (Cinquième agenda, CFL, t. XII, p. 1449)
2 Du 13 décembre 1860 au 22 mai 1861, Victor Hugo s’était plaint de maux au larynx. Ce sont ses soucis de santé qui l’avaient amené à quitter Guernesey le 25 mars 1861 pour un séjour en Belgique.
3 Victor Hugo note ce jour-là : « je suis allé à la cour royale à 10 h. ½ pour le rachat de la rente Guille-Pallot. j’ai commencé à cette occasion un check-book. les frais de rachat et d’enregistrement plus les arrérages (11 l. 15 s. 11 p.) - 293.f. 10 c. » (ibid.)
4 Cette information figure dans le carnet, mais Victor Hugo ne mentionne toutefois pas la présence de Juliette : « j’ai été visiter avec Victor le nouveau navire de M. de Putron » (ibid.).
a « finisse ».
b « auraient ».
c « dussai-je ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
