31 juillet 1863

« 31 juillet 1863 » [source : BnF, Mss, NAF 16384, f. 203], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7436, page consultée le 26 janvier 2026.

Bonjour, mon cher bien-aimé ; bonjour, joie et bonheur si tu as bien dormi toute la nuit malgré le grand vent. Quant à moi, cela m’a tenue éveillée presque toute la nuit, ce qui ne m’empêche pas, à quelques douleurs près, d’être assez gaillarde ce matin. Je ne suis montée me coucher qu’à onze heures moins un quart hier toujours dans l’espérance de te voir, mais hélas inutilement. Les favorisés de Hauteville t’ont gardé jusqu’à la dernière minute et ils ont bien fait. Je les envie et je les approuve. Quelle bonne grande lecture tu leur as faitea et qu’ils ont dû trépigner, pleurer et crier d’enthousiasme ! Rien que d’y penser je sentais toutes ces émotions en moi ; qu’est-ce que cela a dû être pour ceux qui entendaient de VRAI et te voyaient de leurs yeux ? Il m’a semblé que tu avais des bougies au lieu de ma lampe ? Peut-être avais-tu les deux ? Mais cela n’importe pas pourvu que tu aies trouvé moyen de lire sans fatiguer tes yeux. Voilà l’essentiel. Je voudrais savoir aussi si cette longue lecture ne t’a pas fait mal à la gorge. Malheureusement à distance il est impossible de savoir tous ces détails et il faut que j’attende à tantôt pour connaître le résultat de cette grande fête des esprits et des cœurs. Jusque-là j’assiste, non sans rire, à tes combats contre le vent et je regarde s’envoler ton lit par-dessus les toits. Voilà Suzanne qui rapporte la lampe et je vois que tu n’en as pas usé. C’est humiliant pour elle car cela prouve que tu avais donné la préférence à un meilleur éclairage. Quant à moi qui pourraisb me sentir atteinte dans ma LUMIÈRE, je te pardonne si tes yeux sont en bon état ce matin et si ton cœur m’a été fidèle du tout au tout. Mais qui me le dira ? THAT IS THE QUESTION. Enfin je tâcherai de voir à travers l’épais bandeau de mon amour.

J.


Notes manuscriptologiques

a « faites ».

b « pourrait ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Adèle, fille de Hugo, s’enfuit au-delà des mers à la poursuite désespérée d’un militaire dont elle est amoureuse. Mme Hugo adresse quelques signes de courtoisie à Juliette.

  • 19 maiElle signe un bail de location pour la maison du 20, Hauteville.
  • 18 juinAdèle, fille de Victor Hugo, part rejoindre le lieutenant Pinson.
  • 2 juilletMme Hugo offre et dédicace à Juliette Drouet un exemplaire de son Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.
  • 15 août-7 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
  • DécembreElle décline l’invitation de Mme Hugo à participer au dîner des enfants pauvres.