« 16 avril 1854 » [source : BnF, Mss, NAF 16375, f. 142-143], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1332, page consultée le 24 janvier 2026.
Jersey, 16 avril 1854, dimanche après-midi, 3 h. ½
Voici mon œuf de Pâques, mon cher adoré, qui contient toute ma pensée, tout mon cœur
et toute mon âme dans cette trinité : admiration, dévouement et amour. Si tu veux
que
le bonheur en sorte, il faut en faire l’incubation dans ton cher petit cœur. En
attendant, mon doux adoré, je le couve avec la plus grande sollicitude. Je t’ai à
peine vu hier, quoique tu sois venu trois fois chez moi, et encore dans ces trois
courtes apparitions, j’ai cru voir en toi quelque chose de triste, de contraint et
de
souffrant. Je sais bien que tu es un peu enrhumé mais je suis habituée à te voir
conserver ta gaietéa et ta sérénité
même dans des indispositions plus graves. Au reste, mon bien-aimé, je ne veux pas
te
forcer à me dire le sujet de ta contrariété ou de ton mécontentement puisque tu ne
te
sens pas le besoin de t’épancher en moi. D’ailleurs tous les prétextes me sont bons
pour t’aimer encore davantage et celui-ci en est un entre tous ; car te savoir ou
te
supposer malheureux me met l’âme à l’envers et je ne sais pas de quel amour je suis
capable pour t’épargner le plus petit chagrin.
Voici Suzanne qui revient de chez toi et qui me dit que tu
travailles tout seul dans la salle à manger pendant que ta famille court les chemins
ou prend un bain de lézard sur le gazon du jardin. Cela me fait craindre de ne pas
te
voir de sitôt. Ce n’est pas que je désire sortir, tant s’en faut, puisque je me suis
attiféeb exprès pour rester chez
moi sans compter que c’est tantôt le père Durand et que tu auras une lettre à écrire à Schœlcher probablement. Enfin, mon adoré, à quelque
heure que tu viennes, je t’en serai bien reconnaissante. Et, si tu ne souffres plus
et
si tu n’es pas triste, je serai la plus heureuse des femmes.
Juliette
a « gaité ».
b « attiffée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage deux fois, à Plaisance-Terrace, puis au Hâvre-des-Pas.
- JanvierHugo milite pour empêcher l’exécution à Guernesey de l’assassin Tapner, en vain.
- 14 janvierHugo fait répéter Mlle Grave, qui interprètera le rôle de la Reine dans le Ruy Blas qui va être donné à Jersey. Juliette est jalouse.
- 16 janvierReprésentation de Ruy Blas à Jersey.
- 10 févrierExécution de Tapner.
- 11 févrierHugo écrit une lettre à Lord Palmerston pour protester contre l’exécution de Tapner.
- 28 aoûtHugo fait une excursion à Serk.
- Entre le 2 et le 8 octobreJuliette s’installe à Plaisance-Terrace.
- Entre le 12 et le 14 décembreJuliette déménage à la Maison du Heaume, au Hâvre-des-Pas.
