« 23 septembre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 357-358], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8647, page consultée le 27 janvier 2026.
Jersey, 23 septembre 1852, jeudi matin, 8 h.
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour avec le souvenir de tout mon bonheur d’hier,
bonjour, avec toute ma reconnaissance, bonjour, avec tout mon amour. Par une
distraction que je ne m’explique pas, je n’ai pas rapporté un seul caillou de notre
ravissante petite excursion d’hier. Je m’en veux comme d’un oubli coupable et pourtant
Dieu sait si c’est par négligence. Une autre fois je tâcherai de ne pas perdre d’aussi
charmantes occasions d’enrichir ma collection de galets. En attendant je te remercie
pour les deux jolis petits que j’ai trouvésa hier au soir sur ma cheminée, dont un porte imprimé très
nettement un magnifique D vers une de ses faces. J’avais envie de le prendre pour
le
consacrer au souvenir de notre délicieuse promenade mais j’ai pensé que ce serait
une
relique apocryphe et je ne l’ai pas fait1. Il est juste d’ailleurs que je
porte la punition de mon oubli. Vouloir m’y soustraire serait un double tort. Ce sera
l’ombre de cette lumineuse journée dont je suis encore éblouie.
Voilà qu’il se
prépare une autre belle journée mais sur celle-là je n’ai aucune prétention car c’est
le jour de la poste sans compter que peut-être ton Victor est arrivé d’hier. Aussi, mon petit homme, je me prépare à rester
chez moi et à finir votre paletot. Mais vous seriez bien gentil de venir me dire un
petit bonjour et recevoir le mien avec toutes sortes de bons baisers.
Juliette
1 « Dès le début de sa liaison, [Juliette] garde religieusement tout ce que [Victor Hugo] lui donne : dessins, “livres autographiés”, portraits, souvenirs de voyages, bouquets de violettes ou de roses sont pour elle autant de “chères reliques”, de “reliques sacrées”, “d’hosties consacrées”. », Victor Hugo-Juliette Drouet, 50 ans de lettres d’amour 1833-1883, lettres de l’anniversaire, présentation Gérard Pouchain, Éditions Ouest-France, 2005, p. 17.
a « trouvé ».
« 23 septembre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 359-360], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8647, page consultée le 27 janvier 2026.
Jersey, 23 septembre 1852, jeudi, midi ½
Pont neuf, pond l’œuf. Pond l’œuf, pont neuf. Je me fiche de vous et de votre brahmanisme et de votre religion et de votre divinité. Les prés et les bois. Manière de couper la fièvre et de dégraisser les cochonnesa. Voyez la table des matières et combattez le grand prêtre Toto dans sa pagode-closet. Oh ! comme je me fiche de vous ! Avec quelle volupté ! Viens-y donc à mes blancs de porcelet et tu verras quelles gifles….. je te donnerai et comme je te graffignerai ton auguste face d’apôtre, bon apôtre. En attendant je voudrais bien savoir si c’est une manière de vous incarner dans le rocher qui fait que vous avez [deux mots illisibles] pour ne plus vous montrer tout à l’heure. Je soupçonne votre divinité d’avoir découvert un nouveau derrière…..b de maison fort intéressant dans lequel votre paillardise plonge encore plus que vos lunettes. Mais soyez calme je m’en assurerai pas plus tard qu’aujourd’hui car je ne veux pas être dupe de votre brahmanisme [illis.]. D’ici là je [illis.] à finir votre affreux paletot ne fût-ce que pour ne plus revoir ses hideux galons objet de votre admiration. Voime, voime, vilain sale, occupez-vous de couper la fièvre à vos puces et continuez de pondre tous les œufs des canards que vous rencontrez mais respectez mes blancs de poulet ou sinon je crierai encore plus haut et partout. Pont neuf. Pond l’œuf. Pond l’œuf. Pont neuf. Ah ! Ah ! Ah !
Juliette
a « cochones ».
b 5 points de suspension.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
