« 27 octobre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 317-318], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7546, page consultée le 25 janvier 2026.
27 octobre [1837], vendredi matin, 10 h. ½
Bonjour mon cher petit homme. Tout à l’heure j’étais encore si souffrante que c’est
à
peine si j’ai pu articuler quelques mots pendant que tu étais là. Maintenant je crois
que je vais aller mieux. J’ai de bonnes raisons pour le croire. D’abord nous ne sommes
plus fâchés et vous n’êtes plus méchant. Il m’est impossible à présent de pleurer
sans
être horriblement malade après. Ainsi vous voilà prévenu. J’ai envoyé1 ce matin chez Mmes Pierceau et Krafft. Le petit enfant de la première est toujours
dans le même état avec l’addition de l’os du bras cassé. Il paraît qu’elle va faire
un
procès à l’administration qui lui avait procuré la nourrice en offrant sa surveillance
comme garantie du soin de la nourrice et de la santé de l’enfant. Quant à Mme Krafft elle
n’est pas plus mal. Moi je vous aime comme si je n’avais pas tous les sujets de vous
haïr. Et voilà mes nouvelles les plus nouvelles.
Tâchez de n’être pas la dupe
des platitudes et de soumissions sans nombre du VÉDEL2 et aimez-moi si vous pouvez seulement assez pour mettre
votre conscience en repos. Voilà tout ce que je vous demande.
Je voudrais bien
vous revoir. Il me semble que vous auriez bien pu déjeuner avec moi. Je vous aurais
attendu autant qu’il aurait fallu et j’aurais été très heureuse.
Juliette
1 Sans complément d’objet direct, cette formule signifie implicitement « j’ai envoyé la bonne ».
2 Victor Hugo est alors en passe d’intenter un procès au Théâtre-Français pour non-respect des engagements quant au nombre de reprises prévu pour ses pièces.
« 27 octobre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 319-320], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7546, page consultée le 25 janvier 2026.
27 octobre [1837], vendredi soir, 9 h. ¼
Mon cher petit homme, je ne sais à quoi attribuer le malaisea général que j’éprouve mais je souffre
beaucoup. Je vais me coucher tout de suite, aussi bien je tomberais par terre de la
force du mal de tête. J’ai été forcée de m’arrêter un moment, je n’y voyais plus pour
t’écrire. Mon Dieu que je souffre. Je t’aime mon Toto. Tu es souvent injuste envers
moi mais je t’aime toujours et peut-être encore davantage à l’issue de ces scènes
absurdes. Je maintiens le mot scène parce que c’est la seule
dénomination grotesque qui convient aux soupçons ridicules dont vous m’honorez. Une
autre fois je serai moins indulgente. Aujourd’hui je vous pardonne avec enthousiasme.
Je vous aime, je vous aime et je vous aime.
S’il avait fait moins mauvais je
vous aurais prié de me faire sortir un peu ce soir, car j’en ai vraiment besoin. La
tête me tourne et j’ai mal au cœur. Je suis plus rouge que ma robe. C’est vraiment
bien courageux à moi de t’écrire malgré tout cela. C’est que je vous aime vieux Toto,
et que ça vous est bien égal. En attendant je vous baise de tout mon cœur.
Juliette
a « mal aise ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
