« 11 octobre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 261-262], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7530, page consultée le 24 janvier 2026.
11 octobre [1837], mercredi après-midi, 2 h.
J’ai retrouvé notre clef, mon cher petit homme. Je ne sais pas lequel de nous deux
est le coupable, mais ce qu’il y a de sûr c’est qu’elle était bien cachée.
Je
vous remercie bien mon cher adoré d’être venu un petit peu ce matin. Ça fait du bien
et du bonheur par où ça passe. Maintenant je voudrais vous revoir rien que pour juger
si vous avez encore embelli depuis tout à l’heure. Oh c’est que vous en êtes très
capable et je me défie de vous tout [ce] que je peux.
Jour mon petit pa, jour mon gros To on jour. Je vous baise de tout mon cœur et à tout
instant du jour et de la nuit. Si ce n’est pas en personne naturelle, du moins en
pensée et en désir. Quel bel automne. J’en suis ravie parce que travaillant et
marchant comme tu le fais je n’ai pas à craindre les rhumes et les fluxions de
poitrine. Si tu étais bien gentil mon adoré tu penserais à m’apporter tes
armoiries1.
J’ai une idée là-dessus qu’il faut que je satisfasse. Il y a bien des choses aussi
que
tu devrais penser à m’apporter et qui me rendraient bien heureuse. Mais autant en
emporte le vent, tu ne penses plus à moi une fois sorti d’ici. Et moi je continue
de
t’aimer autant que si tu étais là avec ta jolie figure et tous les autres
accessoires.
Juliette
1 Le 25 février 1839, Juliette réitérera cette demande. Elle a peut-être déjà en tête de broder les armoiries de Hugo au dos d’un fauteuil, comme elle en exprime l’intention dans sa lettre du 16 octobre 1844 (soir).
« 11 octobre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 263-264], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7530, page consultée le 24 janvier 2026.
11 octobre [1837], mercredi soir, 8 h. ¼
Tu m’as fait bien du chagrin tout à l’heure, mon bien-aimé, car je n’ai pas compris et je ne comprends pas encore où tendaient tes observations sur le plus ou moins de vraisemblance de la disparition momentanée de ta clef. Je donnerais beaucoup pour savoir non pas comment j’ai fait pour la mettre de la table dans le vase, mais pour savoir ce qui t’inquiétait si fort dans cet incident si insignifiant en lui-même. J’en reviens encore à mes tristes moutons. C’est bien malheureux d’être constamment suspectée et l’amour n’est pas toujours une cuirasse suffisante pour vous garantir des pointes de la défiance. Au reste, comme tu l’as fort bien dit en me quittant, il n’y paraîtra plus quand tu reviendras. D’ici-là j’aurai eu le temps de jeter cette nouvelle pierre au fond de mon puits et de laisser reprendre à la surface l’attitude paisible et habituelle de ma vie. Je ne veux cependant pas finir ma lettre sans te dire que je t’aime et à quel point je t’aime. Ce n’est pas une raison parce que vous avez été bête et méchant pour que je me punisse. Aussi je vous aime. Je t’aime. Je t’adore.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
