« 18 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 67-68], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11337, page consultée le 24 janvier 2026.
18 janvier [1837], mercredi matin, 10 h. ½
Bonjour mon cher petit homme, je vous aime bien mon Toto, vous êtes mon grand artiste bien aimé, c’est bien gentil de vous dire tout cela
avec une bonne plume.
Je me suis réveillée d’assez
bonne heure comme vous voyez, j’ai un peu moins souffert cette nuit je voulais prendre
un bain ce matin mais les baigneurs ne passent pas tant pis. Si vous pouviez me faire
marcher aujourd’hui il me semble que cela me ferait grand bien.
Je vous aime,
vous êtes mon bijou ravissant, vous avez de beaux cheveux, vous avez des yeux plus
beaux que les plus beaux diamants, vous avez le plus joli nez du monde, vous avez
la
bouche la plus adorable qui soit, vous avez bien plus délicieuses mains qu’on puisse
voir, vous avez les plus jolis petits bijoux de pieds qu’on puisse trouver sur la
terre et enfin vous êtes l’homme accompli, le chef-d’œuvre de Dieu qui doit être bien
fier de son ouvrage.
Moi, je vous aime autant qu’une créature humaine peut
aimer. C’est-à-dire à l’infini. Je pense à vous jour et nuit et toujours avec
admiration et adoration. Vous êtes la préoccupation de toute ma vie, même dans mon
sommeil. Je suis bien heureuse de vous aimer ainsi. Je ne donnerais pas mon amour
pour
tous les biens et pour tous les trésors de la terre.
Je suis riche, je t’aime,
je suis heureuse, je t’aime, je t’aime, je t’aime, à bientôt mon chéri, mille millions
de baisers.
Juliette
« 18 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 69-70], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11337, page consultée le 24 janvier 2026.
18 janvier [1837], mercredi soir 5h ½
Mon cher petit homme, je suis bien fâchée de vous avoir fait du mal involontairement.
Pardonnez-moi s’il vous plaît de tout votre cœur. Je viens d’essuyer vos soucoupes ; elles sont de plus en plus belles et celles que
nous croyons abîmées n’étaient que sales.
Mon bon petit Toto chéri je vous aime,
je voudrais bien que vous ne vous crevassiez pas à travailler pour une chose qui peut
se remettre après tout. Je n’en serais que plus contente si toutes les belles choses
que tu veux me rendre me revenaient avec moins de fatigue pour tes pauvres yeux.
Penses-y mon cher adoré et ne t’obstine pas à tes risques et périls à faire cet effort
pour demain. Pauvre ange bien aimé, j’avais cru tantôt que tu me rudoyaisa et j’en avais eu le cœur triste, mais
tu as été si bon et si charmant après que j’achèterais bien des moments d’expiation
pareil à celui de tout à l’heure au prix de quelques petites boutades et de quelques
DROGNERIES.
Jouroto, je t’aime bien mon petit homme. Je te suis
bien fidèle de corps, de cœur et de pensées et je suis bien honnête avec toi. Tu me
feras encore des beaux dessins n’est-ce pas ? Quantb à ma belle pagode1, je l’encadre et je la
prends dans ma chambre, je veux faire un musée rien que de vos chefs-d’œuvres, ce
ne
sera pas le moins curieux, ni le moins précieux de tous ceux qui ont ce nom et puis
je
t’aime.
Juliette
1 La veille, Hugo a dessiné un « Temple oriental » qu’il offre à Juliette :
a « rudoiais ».
b « Quand ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
