« 14 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 51-52], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2217, page consultée le 24 janvier 2026.
14 mai [1836], samedi matin, 9 h.
Vous m’avez encore manqué de parole, affreux scélérat. Je suis très en colère contre
vous et je ne vous aime plus. C’est le CHAT1.
Vous auriez dû venir au moins ce matin prendre votre
tisanea, mais vous êtes aussi
négligent de votre personne que de celle de votre maîtresse, ce qui n’est pas peu
dire. Je ne veux pas [bouder ?] contre mon cœur, sans cela je vous
ferais une fameuse SCÈNE dont toute votre grandeur ne pourrait pas servir de PARAPET
CONTRE LES DÉBORDEMENTS de ma trop juste INDIGNATION.
Je t’aime toi, je t’aime.
Je suis votre VICTIME. Vous m’avez encore abandonnéeb cette nuit et j’étais dans le
plus grand désespoir, attendu que c’était à bord d’un bâtiment et qu’il n’y avait
pas
moyen de courir après vous. Heureusement que j’ai pris terre ce matin et que je
pourrai vous donner une pile ou plusieurs piles si vous me jouez d’un si
vilain tour. En attendant je vous aime, je vous fais de la tisanec et je continue mon mal de tête avec
succès. Si vous étiez venu cette nuit, vous me l’auriez guéri. Mais vous ne voulez
plus venir jamais, ça fait que je suis toujours malade et que je vous aimerai toujours
de toute mon âme.
Juliette
1 À élucider.
a « tisanne ».
b « abandonné ».
c « tisanne ».
« 14 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 53-54], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2217, page consultée le 24 janvier 2026.
14 mai [1836], samedi soir, 7 h.
Cher adoré, voici l’heure à laquelle je pouvais espérer te voir passer. Il est bien
vrai que j’ai sur mon cœur et dans ma pensée ta bonne, ton adorable, ta ravissante
lettre d’aujourd’hui1 et jamais je n’ai pu réunir en une seule fois le
bonheur de te lire et de te voir. Aussi étais-je presque certaine que je ne te verrais
pas ce soir.
Pauvre ami, je sais que tu travailles, je sais quel effort tu as été
obligé de faire pour me donner une marque d’amour aussi est-elle aussi précieuse pour
mon cœur que ta présence elle-même l’aurait été. Avant de quitter l’autre2, je l’ai relue et baisée de toutes mes forces. Il m’en
coûtait de m’en séparer. Je voudrais pouvoir les garder toutes sur moi comme j’en
garde le souvenir dans mon cœur.
Chère âme, viens le plus tôt que tu pourras car
c’est la vie, c’est la lumière, c’est le soleil que tu m’apportes en toi. Mais quel
que soit ton travail et quel que soit le temps que tu seras forcé de passer loin de
moi, sois sûr que je t’attendrai avec résignation et avec amour, l’âme et la pensée
toujours fixéesa vers toi. Cher ange
adoré, je voulais t’écrire plusieurs lettres à la fois mais j’ai pitié de tes pauvres
yeux. Tu n’y perdras rien d’ailleurs car je vais mettre toute mon âme dans ce seul
mot, JE T’AIME et je mets tout mon cœur dans un baiser ici[Dessinb].
Juliette
1 Dans cette lettre du 14 mai 1836, publiée par Jean Gaudon, édition citée, p. 56, Hugo écrit : « […] Cette lettre va remplacer l’autre sur ton sein. Cette lettre va répondre tout bas des paroles d’amour aux palpitations de ton cœur. »
2 Hugo lui a écrit le 8 mai une lettre publiée par Jean Gaudon, édition citée, p. 84.
a « fixé ».
b Ellipse marquant l’emplacement du baiser :

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
