4 octobre 1858

« 4 octobre 1858 » [source : Bnf, Mss, NAF16379, f. 281], transcr. Anne-Sophie Lancel, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5757, page consultée le 23 janvier 2026.

Je n’ai eu que trop raison de te forcer à prendre un parapluie tout à l’heure, mon cher bien-aimé, et malgré cette précaution, je crains encore que tu n’aies été mouillé. Te voilà justement. Je vais savoir si tu n’es pas trempé jusqu’aux os.

7 h. ½

Je reprends mon gribouillis presque dans les conditions où je l’avais laissé, mon cher petit homme. C’est-à-dire t’attendant pendant qu’il pleut à verse et avec le souci que l’humidité ne te fasse mal. La cruelle expérience que nous venons de faire de l’influence de la température pluvieuse sur ta santé doit nous rendre craintifs et prudents. Aussi, je ne me lasserai pas de te recommander d’éviter le plus possible la pluie, le brouillard et le froid. Tant pis si cela vous ennuie, cela ne me regarde pas. Pauvre grand adoré, je t’aime ; je ne veux pas que tu souffres dans ta santé ni dans ton âme ; aussi j’attends avec impatience une explication qui fera cesser le malentendu1 qui t’inquiète et t’attriste en ce moment. Quant à moi, j’ai la ferme conviction que tu es l’objet de la plus tendre et de la plus pieuse affection de toute ta famille et ce n’est pas un mouvement de mauvaise humeur d’enfant gâté qui peut me l’ôter ou l’affaiblir. Ce n’est pas seulement le devoir et l’honneur de sa vie qui retient ta famille auprès de toi, c’est surtout par-dessus tout l’amour, le culte et l’adoration qu’elle a pour toi. Je te le dis comme je le pense, mon bien-aimé, et avec la certitude de ne pas me tromper. Je sens que mon cœur s’entend trop bien avec ceux de Hauteville House pour qu’ils puissent jamais te quitter.

Juliette


Notes

1 À propos de cet incident, Hugo note dans son agenda « ta maison est à toi, on t’y laissera seul. » (CFL, t. X, Agendas, p. 1456).

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo réchappe d’un grave anthrax, qui l’immobilise et l’empêche de voir Juliette, follement inquiète, pendant plusieurs semaines.

  • 11 avrilJuliette Drouet visite Hauteville-House. Expérience déprimante.
  • 3 juillet-4 octobreHugo est atteint d’un grave anthrax qui manque de l’emporter. Pendant des jours, Juliette est privée de sa vue, et obtient de ses nouvelles via les servantes, et leur médecin qui l’informe.