« 22 mai 1848 » [source : MVH, 8096 ], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4868, page consultée le 26 janvier 2026.
22 mai [1848], lundi matin, 7 h. ½
Bonjour, mon adoré bien-aimé, je t’envoie mon bonjour tout imprégné d’amour et de
tendresse. Je veux qu’il t’arrive comme un doux rêve pleina de parfums et de rayons. Je n’ai pas pu
revenir hier au soir, mon adoré, je ne te demande pas les pourquoi ? car ils doivent être nombreux et variés. Ce que je sais c’est que
je ne me suis couchée qu’à minuit espérant que tu viendrais par la porte du jardin
et
ce n’est qu’à grand peine que j’ai renoncé à cette chance en mettant les verrousb à cette heure-là. Que fais-tu
aujourd’hui ?
Tu sais qu’Eugénie et
M. Vilain doivent venir manger les RESTES
du festin d’hier1. Il n’est guère possible que je
sorte parce que je pense qu’Eugénie viendra consulter le médecin à 2 heures et de
là
chez moi ! Mais ce qu’il y a de sûr c’est que rien ne pourra m’empêcher de rester
avec
toi seul tout le temps que tu pourras me donner. Je ne suis
pas femme à faire deux jours de suite le sacrifice de mon bonheur. C’est beaucoup
trop
d’une seule fois. N’oublie pas que tu m’as promis une bonne petite culotte et tâche de me la donner bien vite. En fait de bonheur j’aime mieux un bon tiens
que deux tu auras. D’ailleurs je suis payée pour savoir ce que valent les promesses
indéfiniment ajournées. Aussi je ne serai heureuse que lorsque tu m’auras donné ma
culotte.
Juliette
1 La veille, Juliette Drouet a célébré la Sainte-Julie comme chaque année à cette date.
a « pleins ».
b « verroux ».
« 22 mai 1848 » [source : MVH, 8097], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4868, page consultée le 26 janvier 2026.
22 mai [1848], lundi midi
Pense à moi, mon bon petit homme et tâche de venir tout de suite. Je t’attends avec toutes les joies, toute la reconnaissance et tout l’amour que ta ravissante lettre a fait épanouir en moi depuis hier. Je voudrais être ta mère pour avoir le droit de te bénir. Je voudrais être ta sœur pour avoir la gloire d’être de ton sang, je voudrais être ta femme pour avoir l’honneur d’être ta servante, je voudrais être roi pour te donner mon trône, je voudrais être Dieu pour te combler de tous les bonheurs de ce monde. Mais je ne suis qu’une pauvre femme qui t’aime à deux genoux avec dévouement, admiration et passion. Tout ce qu’un cœur peut éprouver d’ineffable, de tendre, de sublime et de divin, je l’éprouve pour toi. Ton sourire me ravit, ta douce voix éveille en moi des harmonies célestes que rien ne peut exprimer, tes baisers font jaillir de tout mon être une voluptueuse électricité qui embrase mon âme. Pour moi vivre c’est t’aimer, être aimée de toi, c’est le bonheur. Le jour où tu ne m’aimeras plus tout sera dit en ce monde pour moi. Tu ne sais pas, mon adoré bien-aimé, à quel point ce que je te dis là est vrai, mais le bon Dieu le sait bien et c’est lui que je prends à témoin pour te le prouver le jour où tu en aimeras une autre que moi. Si j’en crois ton adorable lettre1 ce jour n’arrivera jamais et je veux la croire et je la crois, je la baise et je t’adore.
Juliette
1 Comme chaque année pour sa fête, Juliette Drouet a reçu une lettre de son amant. Hugo y a écrit : « Cher doux ange, ma première pensée est pour toi. Je t’écris de mon lit en m’éveillant. Je commence ma journée comme je finirai ma vie, en t’envoyant mon âme. / J’entends le tambour, tout le quartier est en rumeur, il fait le plus beau soleil du monde, Paris se donne une fête, mais la vraie fête est dans mon cœur quand je songe à toi. […] » (édition de Jean Gaudon, ouvrage cité, p. 132.)
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
