« 11 juillet 1847 » [source : MVH, α 7934], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3755, page consultée le 24 janvier 2026.
11 juillet [1847], dimanche matin, 8 h.
Bonjour, toi, bonjour, vous, bonjour le plus vexé des Toto. Oh ! comme j’ai bien
réussi hier dans mon affreuse vengeance ! Quel bonheur de vous faire enrager et de
vous rendre au centuple toutes vos atroces taquineries. D’y penser j’en bave de joie
et de volupté. Maintenant je sais comment vous punir de toutes vos méchancetés. Allez,
maintenant, je ne vous arrête plus car j’ai une arme offensive et défensive qui me
permet la représaille. Sans parler de mes bonnes fortunes avec Mlle Féau, doublée du petit Triger. Voime,
voime, qui est-cea qui
est mystifié ? Je vous le demande ? Je ne pousse pas la férocité jusqu’à exiger de
vous une réponse. Taisez-vous, j’y consens, à la condition que vous viendrez de bonne
heure aujourd’hui et que vous resterez tard. Jour, Toto, jour mon cher petit o. À présent que
mon affreux esprit de vengeance est satisfait, je reviens à des sentiments plus
humains et je vous dis que vous êtes mon Toto aimé, toujours plus, beaucoup plus aimé.
Si tu voulais me faire oublier tous tes crimes en une seule fois ce serait de me
donner une petite CULOTTE de rabiboche. Mais je
crains que tu ne sois bien endurci dans ton impénitence et que je ne meure avant que
tu ne te sois réhabitué à mes jeux. S’il en est autrement prouve-le moi tout de suite
et je me rends à l’évidence avec joie.
Juliette
a « qu’est-ce ».
« 11 juillet 1847 » [source : MVH, α 7933], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3755, page consultée le 24 janvier 2026.
11 juillet [1847], dimanche, midi ¾
Je ne veux pas vous accabler deux jours de suite de ma juste et légitime rancune en
vous gribouillant sur du papier mirobolant. J’ai pitié de vous et je vous le prouve
en
vous écrivant sur du papier [loque, laqué ?]. Je vous ménage comme vous
voyez, espérant que ma générosité vous fera rentrer en vous-même.
Avec tout cela
je vais dîner chez Mlle Féau. QUEL MALHEUR ! Je céderais bien mon tour pour deux sous. Vrai, ça
n’est pas amusant. Si c’était chez moi ce serait moins ennuyeux parce qu’enfin, à
tout
prendre, je suis à mon aise et je respire à pleins poumons. Mais dans ce petit
horrible entresol de boutiquière je suis capable d’étouffer et de crever d’ennui.
Décidément ce n’est pas tout plaisir que de connaître Mlle Féau. C’est votre faute aussi. Si vous ne me laissiez pas constamment seule
je ne chercherais pas à qui parler, au risque de ce qui m’arrive aujourd’hui.
Taisez-vous, vous êtes une bête. Quand viendra le jour de la justice vous aurez un
fier compte à me rendre.
En attendant je m’enrhume du cerveau et je me répands
en vociférations contre toute la nature. Quel effet cela vous fait-il : rien je suis
sûre, vous n’êtes sensible à rien de ce qui me touche. Pourvu que vous me fassiez
toutes les méchancetés possibles vous êtes content. C’est beau ce que vous faites
là.
Taisez-vous et prenez garde qu’un jour cela vous retombe sur votre illustre nez.
Juliette
« 11 juillet 1847 » [source : MVH, α 7935], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3755, page consultée le 24 janvier 2026.
11 juillet [1847], dimanche après-midi, 2 h. ¾
Je prévois, mon cher petit blagueur, que vous viendrez juste à l’heure à laquelle je serai forcée de m’en aller. Si vous croyez que c’est là ce qui rend une Juju heureuse et qui peut lui rendre la corvée Féau moins désagréable, vous vous trompez joliment. À preuve que dans ce moment-ci je suis furieuse d’avoir accepté leur gueuletona. Si je m’en croyais je n’irais pas. Tout cela n’arriverait pas si au lieu de me laisser moisir dans mon coin comme une vieille croûte derrière une malle vous me faisiez faire de temps en temps quelques petites culottes d’amitié. Vous devriez rougir de me pousser dans de pareilles extrémités. Si vous tardez encore longtemps vous me trouverez à l’état de bête furieuse. Voyons, vilain homme que vous êtes, est-ce que vous ne pouvez pas venir tout de suite ? Vous savez pourtant bien que je ne compte que sur les quelques instants que vous me donnerez aujourd’hui pour prendre un peu de joie et de bonheur et dégourdir mon âme qui s’atrophie dans l’isolement et l’ennui dans lequelbvous la laissez. Baisez-moi monstre et venez bien vite.
Juliette
a « gueulleton ».
b « laquelle ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
