27 mars 1846

« 27 mars 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 313-314], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4801, page consultée le 26 janvier 2026.

Bonjour mon petit Toto chéri, bonjour mon cher amour bien aimé, bonjour mon Victor adoré ; comment vas-tu ce matin ? As-tu bien dormi ? Je te demande pardon à genoux de t’avoir tourmenté cette nuit. Il fallait que je fusse hors de moi pour cela mais je n’en ai que plus de regrets après, parce que je sens que j’ai été injuste et méchante envers toi. Mon Victor bien aimé, mon doux ami, ma joie, mon âme, je t’aime. Je ne veux pas te tourmenter, au contraire. Aussi quoi qu’il arrive et quoi que tu fasses, tant que tu m’aimeras et que tu me seras bien fidèle, je me résignerai et je serai bien patiente. Tu verras que je tiendrai ma promesse. En attendant, je vais tâcher d’être très AIMABLE. Voime, voime. À l’impossible, nul n’est tenu. Ce dont je suis toujours sûre c’est de t’aimer de toute mon âme. Voilà ce à quoi je m’engage avec certitude ; le reste viendra s’il peut. Dites-donc, mon petit Toto, vous ne me donnez toujours rien à copier et cependant vous travaillez toujours. Je ne veux pas croire que vous refusez ma collaboration et que vous en préférez une autre, cependant je ne serais pas fâchée d’avoir la preuve du contraire. Et puis si je vous ennuie dites-le moi tout bonnement et je me tairai SANS MURMURER, ce qui sera un peu beau de ma part. Cher petit homme adoré je t’aime, je te baise, depuis pater jusqu’à amen.

Juliette


« 27 mars 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 315-316], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4801, page consultée le 26 janvier 2026.

Si tu reviens de bonne heure mon bien-aimé et si tu ne veux pas t’en aller j’aime mieux rester auprès de toi que de sortir. Si de ton côté tu as besoin de marcher, eh ! bien je sortirai pourvu que je sois avec toi voilà tout ce que je demande et tout ce qui peut me faire du bien. Tu es reparti bien vite tout à l’heure, mon Toto, c’est à peine si j’ai eu le temps de te voir. Du reste il est très rare que tu t’arrêtes davantage quand tu viens dans la journée mais pour moi je n’y suis pas encore habituée. Il me semble toujours que c’est une chose inattendue et que tu ne me donnes pas tout le bonheur que tu me dois. J’ai toujours envie de crier au voleur chaque fois que tu t’en vas. Absolument comme le Mascarille de Molière. Au voleur ! Au voleur ! Au voleur !1
Si tu reviens tout à l’heure je ne dirai pas cela, au contraire, et je vous regarderai comme le plus honnête pair de France et de Navarre. Hélas ! je n’ose pas y compter. Je sais trop bien par expérience combien votre exactitude est chimérique. Je n’y croirai que lorsque je vous verrai. C’est plus prudent, sinon plus consolant. Jour Toto. Jour mon cher petit o. J’ai bien mal à la tête mais je vous aime. Je suis très bête mais je vous adore. Je souffre horriblement mais si vous venez tout à l’heure, je serai guérie car je vous baiserai de toutes mes forces.

Juliette


Notes

1 Citation du poème de Mascarille dans Les Précieuses ridicules de Molière : « Votre œil en tapinois me dérobe le Cœur. / Au voleur ! Au voleur ! Au voleur ! Au voleur ! » 

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.