« 2 décembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 115-116], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6116, page consultée le 24 janvier 2026.
2 décembre [1844], lundi matin, 10 h.
Bonjour, mon petit Toto bien-aimé, bonjour mon cher amour adoré, bonjour mon Victor
chéri. Comment vas-tu ce matin mon bien-aimé ? As-tu un peu dormi cette nuit ? Pauvre
ange, quel bonheur ce serait pour moi de te veiller, de prendre soin de ton feu, de
t’envelopper de bonnes choses chaudes, de te caresser, de te dorlotera nuit et jour. Mais si cette joie
m’était donnéeb je serais trop
heureuse et le paradis serait terne comparé à mon bonheur. Dieu ne le veut pas et
il a
ses raisons pour cela. Ma Clairette est
partie ce matin avec la neige. Lanvin est
venu la chercher à 8 heures. Maintenant elle n’a plus ses désespoirs affreux chaque
fois qu’il fallait qu’elle retournâtc à la pension. Elle s’en va très courageusement maintenant.
Voilà, je crois, le plus difficile fait pour ce qui regarde la pension et Mme Marre. Pour
cette dernière tu tâcheras de m’y conduire prochainement pour bien fixer nos
conventions. Je ne t’en parle aussi souvent que pour te faire souvenir que tu as cette
corvée à faire, mon pauvre ange, avant de te mettre à ton grand travail.
Cher
petit homme adoré, je te remercie, je te bénis, je t’aime tu es mon Victor adoré.
Laisse-le-moi dire à discrétion je ne le dirai jamais autant
que je le sens quand bien même j’aurais toutes les bouches de l’univers. Jour Toto, jour
mon cher petit Toto. Je vous prie d’avoir bien soin de vous et de ne pas vous laisser
avoir froid. Je n’ai pas besoin de souffrir à travers votre
chère petite carcasse. Aussi je vous supplied de mettre des bonnes bottes à la place de vos souliers percés.
Mon cher petit bien-aimé sérieusement ne remets pas tes vieux souliers. Pense à ta
gorge et à l’ALUNe. Pense à moi qui
serais la plus malheureuse des femmes si tu étais malade. Je baise ta bouche
adorée.
Juliette
a « dorlotter ».
b « donné ».
c « retournat ».
d « suplie ».
e « l’alum ».
« 2 décembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 117-118], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6116, page consultée le 24 janvier 2026.
2 décembre [1844], lundi soir, 7 h.
Tous les jours je vis dans l’espoir de te voir davantage le lendemain mais mon espoir est pareil à l’enseigne du perruquier c’est toujours aujourd’hui. Les plus lointains demain deviennent toujours des aujourd’hui. Aussi je finis par désespérer car il y a trop longtemps que j’espère. Tout s’use dans ce monde même l’espérance. Je ne t’accuse pas pour cela, mon Toto, je sais trop combien tu es occupé mais je ne crois pas que tu puissesa l’être jamais moins AU CONTRAIRE. Chaque jour voit grandir le cercle de tes travaux, de tes relations, de tes affaires. Il n’y a pas de raison pour que cela s’arrête et voilà ce qui me décourage et qui me désespère. Mon pauvre ange je retombe malgré moi dans ces affreuses plaintes de tous les jours. Pardonne-moi et n’écoute pas ce que je te dis je suis trop heureuse de t’attendre je suis trop heureuse de souffrir pour toi si tu m’aimes et tu ne peux pas ne pas m’aimer. N’est-ce pas que tu m’aimes ? Aussi, mon cher bien-aimé, je ne veux pas que tu te méprennes sur la petite grognerie du commencement de ma lettre. Tout cela c’est de l’amour : Que je pleure ou que je rie, que je sois heureuse ou malheureuse je t’aime et je ne changerais pas ma vie contre toutes les félicités de ce monde qui ne seraient pas toi.
Juliette
a « puisse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
