« 12 février 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 137-138], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4065, page consultée le 06 août 2026.
12 février [1843], dimanche matin, 11 h.
Bonjour, mon Toto bien-aimé. Bonjour mon adoré petit homme. Ne sois pas triste, mon
cher petit, ne te tourmente pas, mon Toto, l’incident d’hier, tout fâcheux qu’il soit,
n’aura pas d’influence sur le bonheur de ta chère Didine. D’abord, rien ne prouve
qu’il n’y aura pas toujours des sources dans ce terrain ; et puis, Didine, prévenue
et
conseillée par toi, sera une petite personne très prudente et très raisonnable. Ainsi,
mon Toto chéri, ne te tourmente pas et ne tourmente pas cette pauvre enfant par un
excès de sollicitude paternelle trop vivement alarmée.
Comme d’habitude, j’ai
été encore injuste et méchante envers toi hier. Mais je souffre tant, et je sens si
bien que cela tient au régime irritant que je mène depuis près de trois ans, que tout
ce qui me paraît oubli et indifférence de ta part m’exaspère, avant même que j’aie
eu
la patience de m’informer si ces torts apparents sont réels. C’est ce qui m’est arrivé
hier, mon Toto, et je t’en demande pardon de tout mon cœur. Pauvre adoré, tu as déjà
trop d’ennuis et de tourments dans ce moment-ci et je ne devrais pas y ajouter par
des
tracasseries injustes. Je le sens mon Toto et je m’en veux de ne savoir pas résister
mieux que cela à mes impatiences et à mes nerfs. Enfin, que veux-tu, mon cher
bien-aimé, ce n’est pas la faute de mon amour car je t’aime et je donnerais ma vie
pour toi et pour les tiens. Tu le sais, n’est-ce pas mon adoré, et c’est ce qui te
rend si doux et si indulgent pour mes injustices ? Je l’espère du moins.
Je
t’écris une grosse lettre tout de suite parce Mme Pierceau doit venir en même temps
que M. D.1 à 2 h. ½ et que je ne pourrai guère t’écrire, elle étant
là. Je tâcherai d’expliquer l’affaire à M. D. de manière à être comprise et à terminer
cette chose puisque tu consens à ce sacrifice énorme dont je ne saurai jamais t’avoir
assez de reconnaissance. Je n’ai pas encore pu rassembler tous les mois de l’année 1842 pour faire le compte total de l’année à cause du mois où
j’ai été malade, pendant lesquels on n’a rien transcrit.2
Cependant j’en viendrai à bout, mon Toto. J’ai déjà fait les comptes des trois
derniers mois, le reste viendra avec de la patience, ainsi que les recherches sur
les
créanciers.
Je voudrais te voir, mon Toto, pour savoir si tu es moins triste que
cette nuit et pour t’embrasser à bouche que veux-tu ? Si tu as un moment dans la
journée, donne-le moi, mon cher adoré, je serai si heureuse de te voir, surtout si
ta
chère petite figure est rayonnante comme d’habitude. Dépêche-toi mon Toto chéri. Je
t’en prie bien fort.
Juliette
1 M. Démousseau.
2 Juliette a été malade fin février début mars 1842.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
