« 20 juin 1848 » [source : Leeds, BC MS 19c, Drouet/1848/32], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12516, page consultée le 24 janvier 2026.
20 juin [1848], mardi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon trop bien-aimé, bonjour, mon doux adoré, bonjour. Comment vas-tu ce matin ? Est-ce que tu as passé la nuit tout entière ? Tu dois être épuisé de fatigue mon pauvre petit homme, comment feras-tu poura parler à cette assemblée fatigué comme tu le seras1 ? Cela m’inquiète pour toi, sans parler de l’affreux regret que j’ai de ne pouvoir jamais entendre les admirables choses que tu dis en public. Cependant, tu m’avais bien promis de me donner ton premier billet qui doit être probablement pour aujourd’hui. Mais l’exactitude n’est pas ton fait quand il s’agit de moi, et puis je ne veux pas grogner ce matin parce que je t’aime, parce que je crains que tu souffres, parce que je te plains et parce que je t’adore. Je te souhaite au contraire beaucoup de succès…… detribune et surtout beaucoup de succès parmi les neuf cents pour que tes idées prévalent et que tout ce qu’elles contiennent de généreux, de dévoué, de grand et de noble l’emporte sur leur étroite et mesquine et si dangereuse politique. Pour cela, mon cœur, mon âme, mes vœux et mon amour sont avec toi.
Juliette
1 Hugo prononce à l’Assemblée, le 20 juin 1848, son discours sur les ateliers nationaux (Actes et Paroles, I, p. 167 et suivantes).
a « pour pour ».
« 20 juin 1848 » [source : Leeds, BC MS 19c, Drouet/1848/33], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12516, page consultée le 24 janvier 2026.
20 juin [1848], mardi après-midi, 1 h.
Voici bientôt le moment où tu dois aller à la chambre, mon cher petit représentant. Est-ce que tu ne viendras pas baigner tes pauvres yeux adorés ? Ils doivent être bien fatigués si tu as passé la nuit à lire et à écrire comme tu en avais l’intention hier au soir. Je ne te parle pas de moi et du besoin que j’ai de voir ta belle et douce figure. Pourtant, cela me ferait bien du bien car je suis triste et désolée dans le fond de mon âme. Il y a des époques dans la vie où les malheurs passés se ravivent et prennent une nouvelle sève et font refleurir dans l’âme toutes ces hideuses fleurs de douleurs qu’on croyait desséchées. Je suis dans un de ces moments tristes, mon doux adoré, et j’aurais besoin d’un regard de toi pour reprendre courage1. Malheureusement, tu ne t’appartiens pas, je le sais. Aussi, je me résigne le plus que je peux. Je tâche de ne penser qu’à toi. Je me retire dans mon amour comme dans une forteresse pour que le désespoir ne m’y atteignea pas. Je prie et je t’aime. Je t’attends et je te bénis.
Juliette
1 Cette période est douloureuse dans le souvenir de Juliette : sa fille Claireest morte le 21 juin 1846.
a « atteignent ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
