13 juin 1847

« 13 juin 1847 » [source : MVH, α 7918 ], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3735, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon petit Toto, bonjour mon petit bien-aimé, je vous aime et vous êtes bien gentil d’être revenu cette nuit quoique vous ne m’ayez pas parlé et que vous soyez resté très peu de temps. Cette entrevue ou plutôt cette vision m’a fait faire de bons rêves toute la nuit.
Maintenant il faudrait me donner une toute petite culotte printanièrea pour le long hiver que j’ai passé sans la moindre distraction. Vous me l’aviez promis et jusqu’à présent vous ne m’avez pas tenu votre promesse, ce qui compromet furieusement la bonne opinion que j’avais de votre probité politique et littéraire. Et à ce sujet je ne peux pas m’empêcher de regretter de ne pouvoir pas vous entendre lundi. Je n’ai pas voulu insister parce que j’ai bien senti que tu ne voulais pas ou que tu ne pouvais pas me faire aller à la Chambre demain. Non pas pour la raison que tu m’as dite, qui est absurde, puisque je t’ai entendu plusieurs fois à l’Académie, mais pour d’autres qu’il m’est pénible d’approfondir. Cela ne m’empêche pas de trouver que ceux qui vous entendront seront bien heureux et que moi je suis… une pauvre vieille Juju. Baisez-moi, Toto, et aimez-moi, sinon par AMOUR, par pitié, car je ne vis que pour t’aimer et pour être aimée de toi.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « printannière ».


« 13 juin 1847 » [source : MVH, α 7919], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3735, page consultée le 24 janvier 2026.

Je n’ai rien de nouveau à t’apprendre, mon doux bien-aimé, et cependant il faut que je te griffouille quelque chose, quoi que ce soit, pour me faire illusion et tâcher de me rapprocher de toi par la pensée et sur l’aile de ma plume. Voilà une phrase passablement rococo et que j’ai dû trouver dans les vieilles toiles d’araignée de ma vieille maison. Je vous permets de vous en moquer à la condition que vous respectiez l’amour qui est dessous et qui n’est pas cause des mots ridicules dont on l’affuble.
Penses-tu venir bientôt, mon doux bien-aimé ? Il est probable que ton travail t’absorbe tout entier et que tu ne songes plus à ta pauvre Juju qui t’attend et qui te désire de toutes ses forces. Cependant j’ai mis des rideaux dans le salon afin que tu puisses travailler sans être importuné et distrait par les voisins. J’ai tout préparé afin que tu puisses méditer à ton aise.
Il faut que je m’occupe de toi toujours, mon Toto adoré, c’est le moyen de t’attendre avec patience et courage. Je serais bien heureuse si tu pouvais venir de bonne heure et rester longtemps avec moi. Ce ne serait qu’une juste compensation puisque je ne dois pas te voir cette nuit : en attendant, je te baise de l’âme et je t’adore.

Juliette

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.

  • 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
  • 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
  • Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
  • 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
  • 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
  • 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.