« 13 décembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 145-146], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6125, page consultée le 01 mai 2026.
13 décembre [1844], vendredi matin, 11 h. ¾
Ô que je te baise, mon Toto bien-aimé, avant de te dire bonjour, même, avant de
savoir comment tu vas pour les tendres, les douces, les consolantes et généreuses
paroles de cette nuit. Quel autre que toi, mon doux bien-aimé, trouverait si bien
ce
qu’il faut pour consoler une femme en proie au plus affreux découragement ? Qui a
ton
grand front et ton beau sourire ? Personne. Je ne veux pas que tu te
compares à aucun homme. Je ne veux pas que pour me
convaincre tu te profanes. Je suis bien plus rassurée d’ailleurs en comptant sur ton
noble cœur que sur mes charmes fantastiques. Ce n’est pas de
ma figure dont tu peux être amoureux mais de mon âme qui est
tout en toi et toute de toi. Mon amour est digne de toi
et Dieu lui-même n’en peut pas inspirer un plus grand et un plus pur à ses anges.
Quand nous serons morts tous les deux tu verras que de toutes les femmes j’étais
vraiment la plus belle puisque j’étais celle qui t’aimait le
plus.
J’espère que tu ne seras pas obligé de faire ce voyage1 car le
temps est plus rigoureux que jamais. Mais si tu ne peux pas faire autrement, je te
promets d’être courageuse et résignée et de n’avoir aucune amertume dans le cœur.
Je
t’attendrai avec amour et en priant le bon Dieu de te réchauffer tes chers petits
pieds dans la voiture et de te garder de tout mal. Dans tous les cas j’espère que
tu
viendras m’avertir et que je ne serai pas deux longs jours sans un pauvre petit
baiser.
Juliette
1 À la demande de son beau-père, malade, Victor Hugo doit se rendre à Coulommiers chez un notaire pour récupérer un « acte de liquidation ».
« 13 décembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 147-148], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6125, page consultée le 01 mai 2026.
13 décembre [1844], vendredi soir, 5 h. ¾
Cher adoré, je t’aime, je suis heureuse, je suis heureuse,
entends-tu bien mon amour ? Heureuse malgré ton absence, ce qui me paraîtrait
impossible à moi-même si je ne pensais pas à toutes les bonnes paroles d’amour et
de
tendresse que tu m’as dites cette nuit. Tu as raison, mon adoré, de dire que le
bonheur est dans l’action d’aimer et d’être aimé encore plus que dans l’enivrement
des
caresses et des baisers. Tu as raison ; tu as raison toujours, toi…. et puis moi aussi
quelquefois. J’ai raison de te désirer, j’ai raison de ne trouver de joie qu’en toi,
j’ai raison de ne vivre que pour toi. N’est-ce pas que j’ai raison, mon Toto ?
Quand te verrai-je mon cher bien-aimé ? J’ai beau être bien heureuse en dedans je voudrais l’être aussi un peu au dehors. Pour cela il ne suffit pas que je t’aime et
que tu m’aimes, il faut que je te
voie. Te voir c’est comme si je voyais le ciel bleu et le soleil. Sentir ton
haleine à travers tes baisers c’est comme si je parfumais mon atmosphère de toutes
les
plus belles fleurs de la terre. Ça n’est pas indispensablea c’est
bien plus que cela ! Aussi je te désire de toutes les forces de mon amour. Il y a
des
moments où je voudrais être morte pour pouvoir ne pas te quitter. Cher adoré, tu ne
peux pas savoir combien tu es aimé par moi. Tout ce que tu peux rêver et désirer de
plus impossible n’est rien au prix de mon amour. En attendant que je te voie, je
repasse dans mon cœur toutes les admirables et ineffablesb tendresses que tu m’as dites cette
nuit. Cela me fera prendre patience.
Juliette
a « indispensables ».
b « inéffables ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
