« 27 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 81-82], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.165, page consultée le 25 janvier 2026.
27 janvier [1843], vendredi matin, 11 h. ½
Bonjour, mon Toto chéri, bonjour, bonjour, je t’aime. Comment vas-tu, où es-tu, que
fais-tu, que dis-tu, à qui penses-tu et qui aimes-tu ? Je savais bien que tu ne
viendrais pas ce matin, mon pauvre bien-aimé, il n’en pouvait pas être autrement avec
tout ce que tu as à faire et la nécessité d’être chez toi pour savoir ce qui se passe.
Car enfin, il faut bien espérer qu’il se décidera quelque chose de définitif
aujourd’hui.
Je regrette, comme toi, que tu aies rejeté les propositions de
Lireux car elles auraient peut-être
stimulé la paresse et l’indolence de ces affreux comédiens qui, sachant que tu n’as
qu’eux, n’en prennent qu’à leur aise, c’est-à-dire qu’ils ne font rien du tout pour
sortir d’embarras. Je suis fâchée, dans mes idées superstitieuses, que l’affaire
Mélingue ait dû se décider aujourd’hui. Je
ne comprends pas pourquoi il a fallu tant de temps à tout ce monde-là pour terminer
une affaire qui pouvait l’être en moins de deux heures. C’est fort ridicule. Enfin
si
elle se termine aujourd’hui par l’engagement de Mme Mélingue, je leur pardonnerai leur lenteur et j’aurai moins de confiance dans le vendredi.
J’ai reçu une lettre de
Brest mi-partie de ma sœur et de son mari. Elle contient de nouveaux remerciements
pour toi. Le pauvre homme est transporté d’admiration et de reconnaissance. Il paraît
du reste qu’il a un rhume tenace qui tient à l’affreux hiver pourri et à la peine
qu’il se donne depuis 7 h. du matin jusqu’à 6 heures du soir à ce que dit ma sœur,
car
pour lui, il ne s’en plaint pas et c’est tout simple. Si on pouvait les faire venir
à
Paris ou près Paris ce serait bien heureux pour eux. En attendant je t’aime. Tu es
mon
cher bien-aimé adoré que je baise et que je désire de tout mon cœur.
Juliette
« 27 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 83-84], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.165, page consultée le 25 janvier 2026.
27 janvier [1843], vendredi soir, 5 h. ½
Non jamais, jamais, non jamais, au grand jamais, on n’aa vu un théâtre pareil à ce hideux
Théâtre-Français ni un auteur plus patient et plus débonnaire que le sieur Toto. Je
ne
crois pas que dans tout l’univers, y compris les Îles Marquises[b], on retrouverait le pareil théâtre et le pareil auteur. Enfin, puisque que
cela arrange et le théâtre et l’auteur, je ne vois pas pourquoi nous autres bourgeois,
bourgeoises et villageois et villageoises, gens de la
banlieue et autres, nous serions plus difficiles et plus impatients que ce même
théâtre et que ce même auteur. Voilà qui est convenu. Ce qui ne l’est pas moins, c’est
que je vous aime comme une dératée que je pourrais être et que je ne suis pas.
Je vous dirai en outre que j’avais écrit précédemment les 4000
francs que vous m’aviez donnésc
pensant qu’ils étaient consacrés à ma maison. Mais voilà que par un oubli, que je
ne
comprends pas, j’ai récrit au fur et à mesure tout ce que je
prenais sur les 618 francs ce qui faisait un joli double
emploi comme vous voyez mon Toto. J’ai remis ordre à cela et maintenant s’il y a des
erreurs dans mes comptes je ne saurai pas à quoi les attribuer.
Jour Toto, jour mon cher petit o, vous feriez mieux de venir déjeûner avec moi que
d’attendre MlleFitz-James dans votre lit. Vous êtes une
bête et je commence à donner raison aux comédiens ORDINAIRES du Roi1. Taisez-vous
et baisez-moi, ça vaudra mieux.
Juliette
1 Nom donné aux acteurs de la Comédie-Française.
a « on a ».
b Dessin :

c « donné ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
