22 janvier 1843

« 22 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 67-68], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.160, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon cher amour, bonjour, bonjour, je t’aime. Comment as-tu passé la nuit, mon cher adoré ? As-tu pris quelque repos, que fais-tu ce matin ? Est-ce que tu attends ta demoiselle ? Il faudra pourtant que cette affaire finisse d’une manière ou d’une autre car enfin tu n’as pas la prétention de faire graver sur tes cartes de visite l’ambitieuse qualité des sieurs Frédérick Lemaître et [illis.]. La combinaison Lireux ne me déplairait pas dans ce moment-ci. Je donnerais tout au monde pour que ces hideux comédiens fussent punis par où ils ont péché. Vraiment cette insouciance est plus que scandaleuse dans cette circonstance. Je serais la plus heureuse des femmes si on pouvait fustiger ces affreux histrions. Je ne parle pas des histrionnes pour qui ce genre de supplice seraita peut-être un plaisir car très sérieusement ces affreux bonshommes auraient besoin d’une leçon.
En attendant, je reste dans mon coin à voir tourner mon ombre sur mes pieds1. Almanach en main, il y a plus de deux mois que je n’ai mis le pied dans la rue. J’ai un grand mal de tête ce matin. Je ne dis pas cela pour t’attendrir car lorsque tu liras cette lettre, ce ne sera plus l’heure de sortir. D’ailleurs il fait un vilain temps de brouillard à ce que dit Suzanne et ce ne serait pas ce moment-là qu’il faudrait choisir pour une première sortie. Dès qu’il fera beau je te tourmenterai. Jusque-là, mon bon ange, sois tranquille. Pense à moi et aime-moi. De mon côté, je te promets de prêcher d’exemple.

Juliette


Notes

1 Paraphrase du poème écrit pour Juliette par Victor Hugo « La pauvre fleur disait au papillon céleste… » :
Mais non, tu vas trop loin ! – Parmi des fleurs sans nombre
Vous fuyez,
Et moi je reste seule à voir tourner mon ombre
À mes pieds.
(Les Chants du Crépuscule, XXVII).

Notes manuscriptologiques

a « seraient ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.