« 18 août 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 157-158], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4325, page consultée le 26 janvier 2026.
18 août [1841], mercredi soir, 4 h. ¼
Est-ce que tu es parti fâché, mon amour ? Il m’a semblé que tu me boudais au moment
où tu descendais l’escalier. Si je m’en étais aperçuea plus tôtb je
ne t’aurais pas laissé partir avec cette petite bouderie dans l’esprit,
malheureusement je ne pouvais pas courir après toi ; dorénavant, mon Toto, il ne faut
pas tenir compte de mes petites impatiences qui ne sont qu’à la surface et pas du
tout
sérieuses. Je bougonne ou je chante sans rime ni raison, tu dois savoir cela depuis
neuf ans bientôt que je t’aime comme jamais homme n’a été et ne sera aimé avant et
après toi1. Je te défends de te fâcher ou bien je te
ficherai des coups sur ton nez. Mon cher petit GODENBOUCK (je crois que ce n’est pas
comme ça que ça s’écrit mais je ne m’en souviens plus)2, apportez-moi vite de la copie et je vous pardonne tous vos
forfaits. Quel bonheur si vous pouviez venir comme hier dîner avec moi et me mener
à
Ruy-Blas3. Quel bonheur !!! D’ailleurs cette petite apparition
quotidienne est presque indispensable pour tes intérêts, mon adoré. Outre mon plaisir
et mon bonheur que je ne fais pas entrer en ligne de compte, les acteurs ont besoin
de
ta présence pour les encourager et les stimuler, les directeurs pour les contenir
et
les empêcher de faire de certaines perfidies4. Enfin, mon Toto, moi hors de la question, je t’assure qu’il est très
nécessaire que NOUS allions un peu tous les soirs à Ruy-Blas. Voilà du reste un fichu beau temps qui vient fort
mal à propos tirer la recette par les pieds. C’est cependant bien beau du vilain temps
et une belle salle remplie comme celle d’hier. Cependant rien ne dit que la recette
de
ce soir sera moindre de celle d’hier, je suis sûre du contraire et mes craintes ne
sont que pour l’avenir.
M’aimes-tu scélérat ? M’aimes-tu brigand ? Moi je
t’adore et je baise tes chers petits pieds blancs.
Juliette
1 Juliette et Hugo sont devenus amants dans la nuit du 16 au 17 février 1833, date qui sera celle du mariage de Marius et Cosette dans Les Misérables.
2 À élucider.
3 Ruy Blas,a été reprise à la Porte-Saint-Martin le mercredi précédent, le 11 août 1841, avec Frédérick-Lemaître et Raucourt. Ce sera un succès et Juliette a assisté à cette première représentation.
4 Les frères Cogniard qui ont repris la direction du théâtre de la Porte Saint-Martin en 1841 après la faillite d’Harel entretiennent avec Hugo des relations tumultueuses. La presse satirique de l’époque, comme Le Charivari, s’en fait parfois l’écho.
a « apperçu ».
b « plutôt ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
