« 2 février 1881 » [source : BnF, Mss, NAF 16402, f. 14-15], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8059, page consultée le 27 janvier 2026.
Paris, 2 février 1881, mercredi, midi ¼
Cher bien-aimé, ça n’est vraiment pas de ma faute si je suis presque tous les jours
matériellement empêchée de t’écrire autant et aussi régulièrement que je le
voudrais1. La
charge de ta lourde maison en est seule la cause. La complication des jours courts
et
de tes courses au Sénat s’y ajoute encore. Mais ce qui est différé, épistolairement,
n’est pas perdu pour mon cœur ni pour le tien, je l’espère ? En attendant que tu me
confirmesa toi-même dans cette
douce croyance, je t’adore.
Que tu ailles au Sénat aujourd’hui ou que tu
restesb à la maison, ce qui serait
peut-être plus sage vu le temps grinchu qu’il fait en ce moment, je te fais souvenir
que tu as [à] écrire à Mme Chenay pour les comptes de janvier et de février et
à Mme Veuve Jules Favre2 pour lui accuser
réception des deux volumes de son mari qu’elle t’a envoyésc avec une dédicace autographe très
respectueuse. En même temps je te donne dès à présent, quitte à te le rappeler le
moment venu, la facture de Rousselle montant à 2,063 F. 65 et payable le 24 février
prochain. Aujourd’hui j’ai payé la dernière quinzaine de ton lait du mois de
janvier et me charge de payer le ramonage de toute la maison dès qu’on m’en présentera
le compte. Je t’ai réservé le feuilleton dramatique du National de lundi dernier par Banville3 qui doit être très
probablement intéressant. Lesclide est venu
chercher pour les montrer à Turquet les
gravures du pauvre Chien-Caillou4 malade à l’hôpital et ses pauvres enfants sans mère, dans la
dernière misère.
Il pense obtenir du ministèred quelque secours pour ces infortunés5. Puisse-t-il réussir. Enfin, mon
pauvre adoré, je te prie encore de recommander au directeur de la Gaité cette
malheureuse fille de la mère Séverte – au petit Gavroche – de la
Grand-Placef de Bruxelles que
tu as vue autrefois et que le bon Béru et
les autres proscrits tenaient en grande estime6. Tu feras une bonne action
de plus en recommandant sa fille pour une place d’ouvreuse et moi je te bénirai une
fois de plus. Je t’adore.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 La précédente lettre date du 28 janvier.
3 Entre janvier 1869 et février 1881, Banville rédige un feuilleton hebdomadaire consacré à la critique dramatique.
4 Surnom du graveur Rodolphe Bresdin.
5 Turquet est alors sous-secrétaire d’État au ministère de l’instruction publique chargé spécialement de la direction des beaux-arts.
6 Dans Choses vues, Victor Hugo écrit en date du 28 septembre 1867 : « Blanqui est à Bruxelles. À peu près caché. Il loge Grand’Place, chez une marchande de tableaux. Mme Sévert, à l’enseigne du Petit Gavroche. Cette maison est contiguë à celle où j’ai logé en 1852. Dans l’arrière-boutique de Mme Sévert, française et proscrite, il y a mon portrait. / Berru a rencontré Blanqui ; il le dépeint ainsi : — Un petit vieillard, barbe grise, l’œil pensif et intérieur, marchant difficilement, un peu courbé, large chapeau mou. »
a « confirme ».
b « reste ».
c « envoyé ».
d « ministerre ».
e « Seber ».
f « grande place ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
une partie de l’avenue d’Eylau est rebaptisée « avenue Victor Hugo ».
- 17 févrierMort de son beau-frère Louis Koch.
- 4 marsHommage du Sénat à Hugo.
- 31 maiLes Quatre Vents de l’esprit.
- 12 juilletUne partie de l’avenue d’Eylau est rebaptisée « avenue Victor Hugo ».
