« 18 novembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16336, f. 156-157], transcr. Élise Capéran, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3443, page consultée le 26 janvier 2026.
18 novembre [1838], dimanche, midi ¼
Bonjour mon cher petit bien aimé. Vous ne méritez pas un si bon bonjour que ça, après
les avanies que vous me faites. Je ne sais ce qui me tient que je ne vous fais pas
une
scène atroce. J’ai mes jalousies aussi moi, et qui pour être cachées et contenues
n’en
éclateront qu’avec plus de force un de ces quatre matins.
Je voudrais bien
connaître la bêtise que le Joly et autres
auront faite aujourd’hui. Pourvu qu’elle ressemble à celle d’hier, ce sera gentil
pour
l’avenir de ce pauvre théâtre. Je vous plains d’être si mal outillé, et je crains
bien
de ne pouvoir jamais m’en servir de ce triste théâtre, et de ces pitoyable
directeurs1. Mais pour ce matin ce n’est pas là ce qui me
tourmente ? Ce qui me tourmente, c’est vous. Je ne comprends pas du tout pourquoi
vous
ne venez pas depuis trois jours, et surtout pourquoi vous n’êtes pas venu cette nuit
après tous les préparatifs que vous aviez faits. Je ne suis pas contente du tout,
je
vous en préviens, et je suis très inquiète de tout ce qui SE PASSE. J’ai la puce à l’oreille depuis que vous avez eu autre chose autre
part. Je ne serai tranquille que lorsque je vous aurai vu et parlé. Je vous aime.
Juliette
1 Joly et Villeneuve.
« 18 novembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16336, f. 158-159], transcr. Élise Capéran, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3443, page consultée le 26 janvier 2026.
Voici la nuit mon cher adoré, et je ne t’ai pas encore vu. La journée m’a parua cependant bien mortellement longue, il
est probable que si elle te faisait le même effet, tu ne me laisserais pas si souvent
et si longtemps seule. Je ne t’en veux pourtant pas, mon bien-aimé, car je sais qu’à
ton indifférence s’ajoutentb des
affaires sans nombre, et de plus en plus importantes. Aussi je ne t’en veux pas mais
je regrette que tu n’aies plus cette bonne ardeur d’autrefois, qui faisait que tu
satisfaisais à tout, aux besoins de l’amour, et aux affaires.
J’ai vu Lanvin tantôt, il venait me remercier du billet que
nous lui avons donné et en demander d’autres quand tu en auras. J’attends Mme Pierceau ce
soir, cependant le temps est bien mauvais. Si j’ai le bonheur de souper avec toi,
je
ne dînerai pas avec elle.
Je suis bien triste mon Toto, mais je t’aime. Tu es mon
beau et bien aimé petit homme. Je t’adore, je suis jalouse depuis hier [de ?
et ?] cette sale et monstrueuse chose que tu as faite, me revient comme un
[indien ?] ou comme un cauchemar.
Je t’aime de toute mon
âme.
Juliette
a « parue ».
b « s’ajoute ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
