« 8 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 265-266], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11631, page consultée le 06 août 2026.
8 mars [1844], vendredi matin, 10 h. ½
Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour mon adoré, bonjour le plus beau, le plus noble
et le meilleur des hommes. Bonjour, je t’aime. Comment vas-tu ce matin, mon cher bien
aimé ? Ton rhume commence-t-il à se passer ? Tu sais que tu as de la tisanea toute prête. Tu serais bien gentil de
venir en boire, en même temps je te verrais, je te demanderais pardon, je te baiserais
et je t’adorerais.
Je t’ai obéi cette nuit, mon bien-aimé, je n’ai pleuré que de
tendresse, je n’ai pas été triste. J’ai été pénétrée de ta bonté. Je pensais à toi
comme à ce qu’il y a de plus grand, de plus doux, et de plus ineffablement bon sur
la
terre. Je te priais et je t’adorais comme j’aurais prié le bon Dieu et comme je
l’adorerais s’il se montrait à moi dans toute sa bonté et dans toute sa gloire comme
tu le fais tous les jours.
Je t’aime, mon Victor, et je suis une honnête femme,
tu n’as rien à craindre de moi.
N’en doute jamais mon cher, cher bien-aimé. Le
facteur a présenté ce matin au portier une lettre au nom de Mme Veuve Drouet, rue Saint-Louis,
no 44. Le portier l’a refusée en disant avec raison que
puisque la lettre était adressée rue Saint-Louis, elle
n’était pas pour la rue Saint-Anastase1. Mais moi j’ai une effroyable peur que ce ne
soit la femme de mon pauvre oncle qui ne soit venue demeurerb là dans l’intention, trop présumable,
de nous tourmenter. Cet incident m’inquiète plus que je ne peux te dire. Mais quoi
qu’il arrive, mon Victor, je t’adore.
Juliette
1 Rue où réside Juliette Drouet.
a « tisanne ».
b « demeurée ».
« 8 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 267-268], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11631, page consultée le 06 août 2026.
8 mars [1844], vendredi soir, 7 h. ½
Je t’aurai encore bien peu vu aujourd’hui, mon Toto, cependant je t’ai fait de la
bonne tisanea et je t’aime de toute
mon âme. Vous voyez bien que ça n’est pas juste et qu’il vaudrait autant vous faire
une infusion de chicotin1
et vous détester, on en serait tout aussi bien récompensé. Taisez-vous, vilain Toto,
taisez-vous. Je sais d’avance tout ce que vous allez me dire et que j’aurai la
bonnasserie2 de croire.
TAISEZ-VOUS ! J’aime mieux que vous ne parliez
pas si bien et que vous veniez une heure plus tôt. Voime, voime, mais je voudrais bien avoir les deux choses à la fois : vous
tenir dans mes bras toute une grande soirée et entendre votre ravissante petite voix
me dire des paroles d’amour, que les anges eux-mêmes n’en ontb jamais entendu de si douces et de si
tendres. Je ne suis pas dégoûtée n’est-ce pas ? Mais hélas ! Vous n’en viendrez pas
une minute plus tôt et je vais passer toute ma soirée à vous regretter, à vous
désirer, et à vous attendre. Toto, mon petit Toto, entends ma prière et reviens bien
vite auprès de moi, tu me combleras de joie. Je baise toute ta personne adorée.
Juliette
1 Chicotin : Suc amer extrait de l’aloès, d’où ici une plante au goût désagréable contrairement à celui de la tisane.
2 Néologisme inventé par Juliette Drouet signifiant « bonté ».
a « tisanne ».
b « n’ont ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
