2 avril 1838

« 2 avril 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 2-3], transcr. Mathieu Chadebec, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1173, page consultée le 24 janvier 2026.

Le beau temps redouble ma tristesse, car il me fait penser aux voyages des années précédentes et au peu de chance que nous avons d’en faire un cette année. Pourtant si tu le voulais bien, peut-être y souscrirais-tu. Ah ! si j’étais à ta place il faudrait que ce fût [bien ?] impossible pour tout le monde avant de l’être pour moi. Malheureusement je n’ai que la mission de souhaiter et de désirer, avec toute l’ardeur de mon amour, que ce voyage, quelque court qu’il soit, se fasse, et le plus tôt possible. Et Dieu sait comment je m’acquitte de cette fonction. J’userais, rien qu’à ce métier, dix boisseaux d’ [amour ? avoine ?] ordinaire. Si je pouvais concevoir seulement une espérance prochaine, il me semble que j’aurais déjà une grande joie. Mais hélas ! cependant j’ai acheté une robe rien que pour forcer le bon Dieu à me la faire user sur les marches de ses clochers [où ?] je fais vœub d’aller jusqu’à la dernière marche la plus haute pourvu que ce soit autre part qu’à Paris. J’espère que si lui et vous restez insensibles à un pareil acte de ferveur et de courage vous êtes d’affreux bonshommes qui ne méritez pas l’amour et la confiance qu’on a pour vous.
Mon bon petit Toto chéri si tu veux, Dieu voudra, et je serai heureuse et je vous bénirai et je monterai à cheval sur les clochers de Coutances qui tremblent au vent de mer1, et je tomberai par terre et je me casserai le nez et je serai très heureuse.

Juliette


Notes

1 Le 30 juin 1836, à Saint-Jean-de-Daye, Victor Hugo écrivait à sa femme : « J’ai quitté hier les admirables clochers de Coutances qui tremblent au vent de mer (ceci sans la moindre exagération). »

Notes manuscriptologiques

a On lit, après cette heure, « (1838) ». L’écriture n’est pas celle de Juliette.

b « veux ».


« 2 avril 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 4-5], transcr. Mathieu Chadebec, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1173, page consultée le 24 janvier 2026.

2 avril [1838], lundi, midi ½

Merci mon bien-aimé, merci d’être venu me voir ce matin, merci de ta tendresse, merci de ta douceur, merci, tu vaux mieux que moi mais moi je t’aime plus. Je suis malade comme un chien ce matin. Je ne sais pas si j’aurai le courage de me lever. Il fait bien beau temps aujourd’hui, c’est bien dommage que nous ne puissions pas en profiter. Si quelque chose avait pu me guérir et me sortir de l’apathie dans laquelle je suis, c’était d’aller promener avec toi bien loin, bien loin, et de dîner ensemble dans un vrai cabaret. Malheureusement ça ne se peut pas, tu as tes affaires, nous sommes pauvres, etc., etc. Je croyais que tu serais allé ce matin à l’enterrement de Mme Bertin ? Peut-être n’est-ce qu’à présent ? Dans tous les cas où tu irais, pense à moi et crois-moi fidèle car rien n’est plus vrai. Je suis triste et malade, je t’aime, mon Victor, prends garde d’avoir froid, il fait si vilain. Le soleil et le vent, il n’y a rien de plus dangereux pour toi qui marchesa vite et qui transpiresb facilement. Prends bien garde. Je t’adore, pense à moi et crois-moi bien une honnête et fidèle femme.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « marche ».

b « transpire ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.