« 17 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 215-216], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10769, page consultée le 24 janvier 2026.
17 octobre [1843], mardi matin, 7 h. ¼
Bonjour mon adoré bien-aimé, bonjour le plus aimé et le plus charmant des Toto,
bonjour, bonjour, je t’aime.
Il y a déjà bien longtemps que je suis éveillée
mais il m’a fallu attendre que ma servarde le
soit. Je viens de l’envoyer chez Jourdain
avec un mot pour le prévenir qu’il ait à envoyer poser les tapis plutôt que je ne
lui
avais dit à cause de la place et pour le prévenir de faire apporter tout ce qu’il
faut
pour ça. Dès que j’aurai fini, je me jetterai au bout de mon lit pour ranger toutes
mes porcelaines et pour fourbir moi-même l’extérieur de mon MACHIN qui est si beau
que
je ne sais quel nom lui donner. Tu ne peux pas te figurer l’admirable effet qu’il
fait
déjà même avec le peu de jour. C’est véritablement là sa place. Quand tu le verras
tu
en conviendras. Pauvre bien-aimé, tu serais bien gentil si tu voulais venir m’aider
de
tes conseils et de tes FAIBLES LUMIERES dans mes arrangements d’aujourd’hui. Et puis
ce serait une occasion de vous voir et de vous baiser, choses toujours trop rares
à
mon gré.
Il me semble que vous n’avez point d’Académie aujourd’hui ? Hum ! Rien
n’est moi sûr, car je crois me souvenir que le mardi est un de vos jours à vous
autres. Tu pourrais toujours venir un peu en y allant ? Tâche que ce soit, mon Toto
chéri, et je serai encore plus contente que de mon armoire. Fouyou continue ses poses académiques tout autour
d’elle. Son admiration n’est pas encore blasée. C’est comme la mienne, Dieu de Dieu c’est bien joli ! Ce l’est moins que toi
toujours.
Juliette
« 17 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 217 et 218], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10769, page consultée le 24 janvier 2026.
17 octobre [1843], mardi soir, 9 h. ¾
Je tombe de fatigue, mon Toto, mais je ne veux pas me coucher sans t’avoir dit ma
prière du soir : mon Toto, je t’aime, mon Toto, reviens cette
nuit, mon Toto, je t’adore. Ce sera un baumea pour moi et un délassement que de te dire que je t’aime plus que
de toute mon âme.
J’ai bien regretté que tu ne sois pas venu tantôt me donner
ton avis pour cet arrangement intérieur. Méchant petit homme, vous étiez encore occupé
de votre chenil et vous ne vous inquiétez pas du mien. Pauvre ange adoré, tant mieux
si tu trouvesb quelque douceur et
quelque soulagement à cette occupation. J’aimerais mieux cependant que ce soit auprès
de moi et en moi que tu trouves cette distraction et cette consolation. Mais j’aime
mieux aussi que tu l’aies chez toi plutôt que de te savoir abîmé dans la douleur comme
je ne t’ai que trop vu tous ces derniers temps.
J’ai bien mal à la gorge mon
amour, depuis que je suis revenuec à
Paris. Je souffre de la gorge mais la fatigue et la poussière d’aujourd’hui me l’ont
redoublé ! Je vais me dépêcher de me coucher. Dépêche-toi de venir aussi toi pour
que
j’oublie en te voyant tous mes tracas de la journée !
Juliette
a « beaume ».
b « trouve ».
c « revenu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
