« 25 septembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 151-152], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10753, page consultée le 24 janvier 2026.
25 septembre, lundi matin, 8 h. ¾
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour, mon cher adoré. Comment vas-tu ce matin ? Es-tu
moins accablé qu’hier, mon pauvre adoré ? Je n’ose pas te parler quand tu es auprès
de
moi, mon pauvre bien-aimé, je sens que je t’importune et que loin de te distraire
et
de diminuer ta douleur, je l’irrite par ma présence et par mes paroles. Je tâcherai
de
me vaincre devant toi, mon cher bien-aimé et de ne rien faire et de ne rien te dire
qui te rappelle que je suis là, près de toi, que je souffre de tes souffrances et
que
je t’aime de toute mon âme.
J’espère que l’indisposition de Dédé n’est pas sérieuse et que tu m’apporteras de
bonnes nouvelles d’elle tantôt. Claire n’est
pas encore partie. Elle attend qu’on vienne la chercher. La pauvre enfant est bien
enrhumée, on ne l’entend plus parler ce matin. Elle paraît en outre bien triste de
me
quitter et elle me prie avec larmes d’aller la voir bientôt. Pauvre chère enfant,
que
Dieu la bénisse et la conserve dans de bonnes dispositions d’esprit et de cœur. Je
le
lui demande en échange de ma vie si inutile dans ce monde.
Quand te verrai-je,
mon Toto ? Tâche que ce soit le plus tôt possible. Te voir, pour moi, c’est le
bonheur. Même quand tu ne me parlesa
pas, même quand tu ne me vois pas. Je te vois, cela me suffit.
J’ai envoyé chez
la penaillon. Elle vient de me répondre qu’elle
va me faire un modèle pour toi, que tu l’essaieras et que s’il te va bien on
continuera. Du reste elle croit que la flanelle croisée n’a pas d’autre inconvénient
que de jaunir plus vite que la simple. Tu te décideras mon
Toto pour ce que tu voudras.
Je t’aime mon Victor bien-aimé. J’ai le cœur bien
gros mais je t’aime. Je suis triste et découragée mais je t’aime. Je donnerais ma
vie
pour deux liards mais je t’aime. Quand tu viendras, je tâcherai de ne pas
t’impatienter par mes caresses. Mon pauvre amour, je te laisserai à ta préoccupation
sans paraître la voir.
Juliette
a « parles ».
« 25 septembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 153-154], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10753, page consultée le 24 janvier 2026.
25 septembre, lundi soir, 4 h. ¼
Quelle longue et quelle triste journée, mon adoré, dans le ciel et dans mon cœur !
Peut-être si je te savais heureux, mon pauvre bien-aimé, ne m’apercevraisa-je pas de la tristesse du temps
mais je m’apercevrais toujours de ton absence, ce qui ne me rendrait pas plus gaie.
Que fais-tu, mon cher petit homme ? Comment va ton pauvre œil et ton cher petit
genoub ? Comment va ta petite
Dédé ? Je pense à vous tous, mes pauvres
bien-aimés, je souffre de vos maux, je souffre de votre absence. Je voudrais mourir
puisque je ne vous suis bonne à rien. Mais je ne veux pas te parler de moi, mon Toto,
encore moins me plaindre.
Ce qui m’occupe, mon amour, c’est toi, ce que je
voudrais guérir et consoler, c’est toi. Quand te verrai-je, mon Toto chéri ? Je
regarde l’heure à la pendule et je la trouve bien lente, au gré de mon impatience.
Pourvu que tu sois moins accablé qu’hier. Je ne peux pas détacher ma pensée de ce
que
tu étais hier à ton [insu ?] mon adoré. Tu te laisses aller à un
abattement et à un désespoir effrayant. Tu ne peux pas savoir toi-même, mon Victor
chéri, à quel point ce que je te dis est vrai. Mais je t’assure que je suis
sérieusement tourmentée par ta santé. Si le bon Dieu ne vient pas à ton secours, je
ne
sais pas ce que nous deviendrons. J’ose t’écrire cela de loin, mon Toto, mais je
n’oserais pas t’en parler car la douleur t’aigrit un peu le caractère. Toi si patient
et si doux, tu m’as rudoyée hier très vivement parce que j’essayais de te distraire.
Ce soir dans quelque état que tu sois, je garderai le silence, mon pauvre amour. Je
tâcherai d’avoir la force de te voir souffrir et de résister à la tentationc de te consoler si c’est possible, ce
dont je doute plus que jamais.
Juliette
a « apercevrai-je ».
b « genoux ».
c « tention ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
