« 2 février 1847 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1847/06], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12465, page consultée le 07 août 2026.
2 février [1847], mardi matin, 11 h. ½
Bonjour mon amour, bonjour mon ange gardien, bonjour ma vie, bonjour ma joie, bonjour.
Grâce à toi j’ai passé une bonne nuit. J’ai assez bien dormi et je n’ai pas trop souffert.
Ce
matin je vais cahin-caha, mais dès que je t’aurai vu je n’y penserai plus.
Cher adoré bien-aimé, quel bonheur qu’il y ait eu là ce domestique au moment où ta
pauvre Dédé courait un si affreux danger et qu’il ait eu la présence d’esprit d’éteindre le feu.
Plus j’y pense et plus je suis reconnaissante envers le bon
Dieu de ce qu’il a fait pour sauver cette adorable enfant et pour préserver tous vos
pauvres cœurs d’un nouveau et effroyable malheur. Je suis si heureuse de ce miracle
que je ne peux
pas croire qu’il n’y ait pas eu association de mon ange avec le tien1 pour préserver cette douce et sainte enfant de la chose terrible à laquelle
elle a échappéa dimanche. Cette pensée me fait tant de bien au cœur qu’il est impossible que ce soit
une illusion. Ô embrasse-lab pour moi cette bonne et charmante Dédé. Dis-lui tout bas qu’elle est aimée par une
pauvre mère bien éprouvée mais qui trouve sa consolation
dans le bonheur de son père à elle et de toute sa famille bénie. Dis-lui tout cela
en baisant son beau front et ses doux cheveux. Mon cœur déborde en ce moment et mon
âme voudrait
pouvoir ouvrir ses ailes pour s’envoler et s’abattre parmi vous, tous les aimés de
ma vie. Je pleure à sanglots, sans amertume cependant. Je pleure de tendresse et d’amour.
Quand tu
viendras, je te sourirai, je te baiserai et je t’adorerai. Tu es si bien toute ma
joie et tout mon bonheur. En attendant, je fais comme je peux pour verser le trop
plein de mon cœur et
ce n’est pas trop de mes yeux pour soulager mon âme. Ne t’inquiète donc pas de mes
larmes, mon Victor bien-aimé, puisqu’elles sont le plus souvent l’expression d’un
amour sans
borne.
Je n’ose pas te demander à aller au-devant de toi aujourd’hui, d’abord parce qu’il
n’est pas probable que cela puisse se faire avec toutes tes occupations, ensuite si
je dois
voir M. Triger demain il serait peut-être plus prudent de ne pas marcher d’ici là. Aussi je ne t’en
ferai pas la proposition, je me résignerai à
rester dans mon coin à t’attendre en te suppliant de revenir le plus tôt que tu pourras
auprès de moi.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Bonjour, mon cher amour, bonjour qu’on vous dit avec mille baisers, mille millions
de tendresses et de toutes sortes de douces caresses.
Juliette
1 Il s’agit de la fille de Juliette, Claire, morte en 1846, et de la fille de Hugo, Léopoldine, morte en 1843.
a « échappée ».
b « là ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
