« 14 octobre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16336, f. 43-44], transcr. Élise Capéran, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3409, page consultée le 23 janvier 2026.
14 octobre [1838], dimanche après-midi, 3 h. ¼
Mon cher petit homme, j’ai bien mal partout. Je voudrais que ce fût pour de bon parce qu’au moins je me soignerais. Je m’ennuie d’être
toujours malingre comme ça. J’ai l’esprit tout à fait malade, la cervelle est comme
broyée et il me semble que je deviens folle. Cependant mon pauvre bien-aimé je t’aime
plus que jamais, et plus que jamais tu es bon pour moi et ravissant. Je crois que
c’est un peu de maux de nerfs. Depuis si longtemps je m’agace et je m’irrite
horriblement pour nos affaires, de sorte que le moindre petit surcroît d’inquiétude
m’exaspère. Je crois que tu as trouvé la bonne manière de répondre à cette hideuse
Ribot en ne nous commettant point avec
elle. Cependant il ne faut pas négliger la précaution convenue chez toi. Cette femme
est tout à fait capable de tout. Maintenant que je me sens un peu soulagée, en
grognant et en gémissant outre mesure, donnez-moi votre vie
et baisez-moi bien fort.
Vos pots sont très jolis et vous pourriez passer
toutes les nuits dans mon lit que je ne vous les rendrais pas, voilà mon opinion.
Juliette
« 14 octobre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16336, f. 45-46], transcr. Élise Capéran, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3409, page consultée le 23 janvier 2026.
J’ai bien du bobo mon Toto, je fais contre fortune bon cœur mais je souffre
beaucoup. Je compte sur ta présence adorée pour me ranimer un peu. Je suis asphyxiée,
je suis stupide, je suis absurde. Soir mon petit
homme, pardonnez-moi d’être si vieille et si mauvaise. Votre couvert est mis mon Toto,
je n’attends plus que vous, c’est peu de chose mais c’est
tout. J’essaye de rire mais je suis pas en train. Je ne fais qu’une laide et
renfrogneuse grimace, c’est pas beaucoup la peine car je ne suis pas amusante comme
ça, et ça me coûte beaucoup de peine. Jour mon
Toto, Jour mon petit O. Papa est bien i. J’aime papa. Le vent fait un bruit comme sur la
mer, parfois on s’y trompe, le vent de la mer souffle dans sa trompe. Moi je souffle
dans mon cerveau de toutes mes forces sans réussir à soulever quelque chose qui
ressemble à de l’esprit. Je suis bête comme un zoie, il n’y
a de spirituel que mon amour, aussi je le mets à toutes les sauces, à toutes les
lignes et dans tous les mots.
Je t’aime, je t’aime, je t’aime.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
