« 5 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 119-120], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11696, page consultée le 25 janvier 2026.
5 juin [1844], mercredi matin, 9 h.
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon Toto chéri, bonjour, mon cher amour, bonjour,
mon petit Toto, bien aimé, bien aimé, bien aimé ! Comment vas-tu ce matin, comment
va
ta gorge ? Le temps est si beau que j’espère que tu n’auras plus besoin de ton odieux
gargarisme1. Quant à moi,
mon cher petit, j’ai plus que jamais besoin de te voir et d’être avec toi. Je
donnerais des années de ma vie pour des jours comme celui-ci passé avec toi, en
liberté, en plein-air, en plein soleil, en plein amour, en plein bonheur.
Malheureusement, le bon Dieu ne se prête pas à ces sortes d’échanges car il y a bien
longtemps déjà que j’aurais dépensé tout mon capital d’années. Est-ce un bien, est-ce
un mal ? Pour moi, je trouve que c’est un grand mal, parce qu’on n’est jamais sûr
que
de ce qu’on tient. Je me permets donc de blâmer le bon Dieu hautement, tant pis pour
lui.
Suzanne continue de ne pas manger et à se
dire pas malade. Nous verrons ce que cela deviendra à la longue mais c’est toujours
triste d’avoir sous les yeux un être souffrant et qui prolonge à plaisir sa souffrance
par une stupidité des plus absurdes. Baise-moi, mon Victor adoré, pense à moi, viens
me voir et aime-moi, je te le rendrai de tout mon cœur.
Juliette
1 Hugo soigne sa gorge à l’alun.
« 5 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 121-122], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11696, page consultée le 25 janvier 2026.
5 juin [1844], mercredi soir, 5 h. ³∕₄
Tu n’es pas venu, mon Toto bien aimé. J’ai pourtant bien besoin de te voir, je te
désire pourtant de toutes mes forces et je t’aime de toute mon âme. La journée,
quoique remplie jusqu’à la fatigue par toutes sortes de soins intérieurs, me paraît
mortellement longue. Ajoute à cela un peu d’inquiétude que j’ai sur ma pauvre servarde qui est décidemment malade et couchée depuis
tantôt, et tu comprendras combien ton absence doit me peser.
J’ai écrit à
M. Triger en le priant de venir le plus
tôt possible. Quand je dis M. Triger, c’est-à-dire à sa
femme pour son mari. Je viens d’aller voir Suzanne dans sa chambre à l’instant. Elle est fort rouge et fort animée,
elle a un mal de tête atroce. Cependant, elle se trouve mieux que tantôt. J’espère
que
ce ne sera ni dangereux ni sérieux pour elle, la pauvre fille, mais je ne serai
tranquille que lorsque le médecin l’aura examinée avec soin.
J’ai fait une partie
de mes affaires moi-même. Eulalie a fait la
commission et fera le dîner tout à l’heure. Voilà ce qui t’explique l’occupation et
la
fatigue de la journée dont je te parlais tout à l’heure. Du reste, je me porte
admirablement bien et je serais heureuse si tu venais tout de suite. Je t’aime mon
Victor. Je t’adore, mon cher petit homme ravissant.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
