« 25 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 73-74], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.163, page consultée le 26 janvier 2026.
25 janvier [1843], mercredi matin, 10 h. ¾
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon ravissant petit homme, comment que ça va ce
matin ? Moi je vous aime, c’est vous dire que je vais très bien. Seulement je ne suis
pas contente de vous puisque vous n’aviez pas de répétition ni d’affaire qui vous
retiennent chez vous d’ici à vendredi. Vous auriez dû me
donner cette matinée. Mais vous ne savez rien faire à propos, voilà ce qui est sûr.
Taisez-vous !
J’ai été obligée de faire acheter du papier ce matin et si tu ne
viens pas à mon secours d’ici à tantôt, je serai forcée de prendre cinq francs dans
ton sac pour payer la blanchisseuse. Je pourrais lui demander crédit mais comme je
veux la tancer sur son dernier blanchissage, et peut-être même la congédier, je ne
le
veux pas. Mais peut-être pourras-tu venir.
Justement voici la mère Lanvin qui m’apporte les cinquante francs que
M. Pradier donne à sa fille pour ses
étrennes, c’est-à-dire pour sa robe de mérinos noir. Nous ne serons plus en avance
pour ça que de quelques francs. J’en ferai le compte exact. Du reste la pauvre mère
Lanvin est au désespoir. Son mari n’a pas
d’ouvrage et sa fille a eu encore une rechute. La pauvre femme pleure et se désespère.
Il faudra mon pauvre ange que tu stimules encore Trébuchet pour cette place1. Ce sera une bonne action mon pauvre ange adoré. Ma providence,
mon Dieu, mon tout, mon amour bien-aimé. Tâche de venir bientôt mon Toto ravissant.
Je
t’aime.
Juliette
1 Cousin germain de Victor Hugo du côté maternel, Adolphe Trébuchet (1801-1865) travaillait à la Préfecture de Police à Paris, où il était plus précisément chargé des établissements sanitaires.
« 25 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 75-76], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.163, page consultée le 26 janvier 2026.
25 janvier [1843], mercredi soir, 6 h. ¼
Je ne vous vois pas guère, mon Toto, si vous m’aimiez comme je vous aime vous vous
en
apercevrieza très bien et
vous viendriez tout de suite. Je vous pardonne un peu parce que je crois que vous
avez
des affaires par-dessus la tête, mais dès que je vous saurai un peu tranquille, je
ne
vous y laisseraib pas et il faudra
bien me rabibocher de tout mon temps et de toute ma belle jeunesse perdue à vous
attendre et à vous aimer dans le désert.
Je t’ai déjà dit que la mère était
venue tantôt pendant que je t’écrivais pour m’apporter les 50
francs de M. Pradier. Depuis j’ai
déjà pris 10 francs dessus tant pour le blanchissage que
pour la maison. J’ai lavé la tête de mon susdit blanchisseur en attendant qu’il me
lave mon linge pour de bon. Il m’a encore dit que c’était dans le chessoire que le
linge s’était sali. Je lui ai conseillé d’user moins de chessoire et un peu plus de savon s’il voulait garder ma pratique. Demain, si
j’ai le temps avant la nuit, je ferai le relevé des dettes et le relevé de la dépense
de l’année passée.
Il fait un temps hideux, mon pauvre amour, il faut prendre
garde à ta gorge et à tes pieds. Je n’aime pas à te savoir dans des bottes percées
par
ces affreux temps pourris comme il en a fait tout cet hiver. Si tu peux te décider
à
en mettre des neuves tu as des chaussettes toutes prêtes. Tu serais bien gentil de
revenir cette nuit te reposer auprès de moi et demain tu arrangerais tes chers petits
pieds et je serais plus tranquille et bien heureuse. Pense à cela mon Toto et tâche
de
venir. Je t’aime.
Juliette
a « appercevriez ».
b « laisserez ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
