« 19 octobre 1847 » [source : Collection particulière / MLM / Paris, 65303 0043/0045], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4301, page consultée le 01 mai 2026.
19 octobre [1847], mardi matin, 8 h. ¼
Bonjour, mon bien-aimé, bonjour, comment vas-tu, comment va-t-on autour de toi1 et comment m’aimes-tu ? Je suis encore bien blette ce matin. Je ne sais pas par quel bout me prendre et quelle grimace faire car tout me fait mal. Cependant ma rage de tête est un peu calmée. J’espère que je n’y penserai plus tantôt. J’y penserai d’autant moins que tu viendras plus tôt et je crois que je serais guérie pour longtemps si tu voulais me faire pour moi seule un beau dessin aussi pire que tous les autres. Cependant je ne t’y force pas car je sais combien ton temps est précieux et dans ce que je te dis il n’y a pas la moindre parcelle d’amertume, pas la plus petite mauvaise pensée. Je te le dis avec conviction et avec les plus doux sentiments d’admiration et d’adoration que j’aie en moi. Pauvre être doux généreux dévoué charmant et sublime, il faudrait que je fusse bien aveuglée et bien stupide pour ne pas te rendre toute la Justice que tu mérites et la fussé-je, d’ailleurs, que mon cœur et mon âme sont là pour attester que tu es le meilleur et le plus grand des hommes. Sois heureux, mon adoré, autant que tu es bon, autant que tu es admiré et autant que tu es aimé et béni par moi et tu n’auras rien à désirer en ce monde. Je baise tes mains et tes pieds et je t’attends.
Juliette
1 Mme Hugo se remet de la fièvre typhoïde.
« 19 octobre 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 244-245], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4301, page consultée le 01 mai 2026.
19 octobre [1847], mardi, midi ½
Toujours de mieux en mieux au rebours de Nicolet qui allait toujours de pire en pire1 je crois à moins que je ne me trompe, ce qui ne serait pas impossible. Enfin, quoi qu’il en soit de ma citation, il n’en est pas moins vrai que ta chère femme va parfaitement bien2. C’est Charlot qui l’a dit ce matin à Joséphine. Aussi je tâche de me mettre à l’unisson et je fais la nique à mon mal de tête quitte à ce qu’il me le rende ce soir. J’espère que tu vas venir tout à l’heure finir ton PENDU ? Il est impossible de laisser une si belle horreur en train. Les arts et la Justice s’y opposent. Dans cet espoir je me hâte de faire mes affaires pour vous laisser la place libre. Si vous le permettez je copierai à côté de vous. Cela ne vous troublera pas dans votre travail et cela m’occupera agréablement. J’ai été forcée de prendre de l’argent dans le sac pour le renouvellement en question. Il faudra que tu voies si je peux envoyer acheter du bois car je n’en ai pas une seule bûche d’avance. Il faudrait tâcher aussi d’avoir une lampe car le système des bougies coûte très cher et éclaire très mal. Et puis si tu ne peux pas envoie-moi promener avec toi et baise-moi et je serai la plus heureuse des Jujus.
1 Citation à élucider. Peut-être s’agit-il d’une variation sur l’adage « c’est de plus en plus fort, comme chez Nicolet ». Nicolet était un directeur de théâtre populaire dans la seconde moitié du XIXe siècle.
2 Adèle Hugo se remet de la fièvre typhoïde.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
