« 27 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 227-228], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12087, page consultée le 27 janvier 2026.
27 mai [1845], mardi matin, 11 h.
Bonjour, mon Victor chéri, bonjour, mon cher amour adoré, bonjour, je
t’aime. Je n’ose pas espérer te voir avant ce soir à cause de tous les
tristes devoirs que tu as à remplir aujourd’hui1. Mais ma pensée, mon âme, ma vie toute entière
est avec toi, mon amour bien aimé.
Je vais écrire à Mme Luthereau tout à l’heure. Je ne peux pas tarder plus
longtemps à répondre à ces deux bonnes lettres. Si j’avais pensé à te le
demander, je t’aurais prié de me laisser aller voir Mme Marre pour lui parler de Claire et de la nécessité de la faire assister à un
examen préparatoire d’ici à son examen à elle. Je me serais aussi
entenduea avec
elle relativement au Maillet2. Mais je ne te l’ai pas demandé et je ne
suis pas femme à prendre la permission sous
monbonnet. Je resterai donc chez moi comme un
vieux loup en cage.
Eulalie prétend que les
couronnes, les petites surtout3, seront très
difficilesb
à exécuter à cause du peu de netteté du dessin. Cette pauvre fille est
habituée à broder d’après des dessins de broderie, ce qui n’est pas la même chose que des dessins d’art. Aussi cela ne m’étonnera pas si elle ne
réussit pas à faire ton chiffre d’après tes dessins. Nous verrons le
premier et s’il ne te convient pas, tu aviserasc autre chose.
Mon Toto chéri, je t’aime, tu es mon Victor....ieux de toute manière. Vous voyez que je sais vous rendre
justice pleine et entière. Le dénigrementd n’est pas un parti pris chez moi, vous
le voyez. Baisez-moi tout de suite.
Juliette
1 Le beau-père de Victor Hugo est mort la veille. Son enterrement a lieu le lendemain.
2 À élucider. Y a-t-il un rapport avec la comptine enfantine « Toc-toc, Maillet » que Juliette évoque dans une lettre du 26 mai 1845 ?
3 Eulalie a la tâche de broder des mouchoirs pour Victor Hugo, selon un chiffre (un dessin) qu’il a lui même réalisé. Plus loin, dans une lettre du 8 juin (f. 275-276), Juliette les décrit ainsi : « C’est bien assez d’un pauvre petit (Juliette a dessiné le motif) à mollet avec une couronne de Proserpine. ».
a « entendu ».
b « très difficile ».
c « tu aviseras ».
d « la dénigration ».
« 27 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 229-230], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12087, page consultée le 27 janvier 2026.
27 mai [1845], 5 h. ¾
Voici Mme Guérard qui vient me demander à dîner mais cela ne
m’empêchera pas de t’écrire, au contraire. Toutes les Mme Guérard de la nature ne valent pas pour
moi le bonheur de te dire en paroles ou en gribouillage que je t’aime et
que tu es Mon Bijou bien aimé.
J’avais joliment peur tantôt avant
que tu vinsses. Je craignais que tu ne me battes, mieux que cela, que tu
fasses ta chère petite lippe, ce que je ne
peux pas supporter. Aussi j’ai été joliment heureuse quand j’ai vu que
mon coup de tête, loin de m’attirer des giffes, me valait votre approbation. Je suis rentrée dans la maison en
poussant mon rugissement féroce : quel
bonheur ! Les voisins auront pu croire à un second accouchement.
Mon Victor adorable, tu es bon, tu es bon, tu es bon. Dix cent mille combien il y a de rayons sur la
terre, de cahiers sur la terre et de
moigneauxa dans mon jardin. Je t’aime, qu’on vous dit.
Baisez-moi, je vous l’ordonne. Je vous défends d’être trop aimable avec
Mme Guérard : je n’ai pas le soin que vous me fassiez les cornes à mon
nez et à ma barbe. C’est bien assez de vous les laisser faire en ville.
Aussi je vous prie d’être très contenu si vous tenez à vos beaux yeux.
En attendant, je vous aime plus que plein, moi, plein la terre et plein
le ciel.
Juliette
a « moigneau ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
