« 30 décembre 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 280], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10926, page consultée le 01 mai 2026.
Guernesey, 30 décembre [18]64, vendredi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon bien-aimé, bonjour et bonheur si tu as passé une bonne nuit aussi bonne que je l’ai passéea moi-même qui n’ai fait qu’un somme en deux morceaux. Je ne sais depuis quand tu es levé mais je viens de saluer ton cher petit signal des yeux et du cœur tout à l’heure en attendant que je te donne mon bonjour en chair et en os bientôt. C’est aujourd’hui que je dois avoir la visite du curé de Marie1, corvée dont je me serais bien passée car rien ne m’est plus antipathique que ce genre de politesse sans motif et sans but, du moins en ce qui me regarde. Mais enfin puisque j’y ai consenti, à cette corvée, il faut la faire le moins mal possible. Justement voilà Marie qui vient me dire que l’abbé ne pourra pas venir aujourd’hui et qu’il me demande la permission d’ajourner sa visite pour plus tard, ce que je fais avec joie. À propos de corvée, je te fais souvenir encore une fois que tu as ma chère petite lettre annuelle à m’écrire et que je ne t’en ferai pas grâce quand bien même tu me tirerais une langue immense et désespérée. Je veux bien que les beaux dessins me passentb sous le nez surtout quand je suis comblée de cadeaux plus beaux les uns que les autres ; mais jamais, au grand jamais, je ne renoncerai à ma chère petite LETTRE D’ÉTRENNES, fichez-vous le dans la BOULE comme le dirait MONSIEUR [Charles ?]. J’espère que nous pourrons faire une bonne promenade tantôt. Je vais me hâter de faire ton café pour être tout à fait prête à l’heure que tu voudras. En attendant je veux que tu te sentes aimé et adoré par moi d’un bout à l’autre de ma vie. Je veux que tu sois pénétré de mon amour jusque dans le fin fond de ton âme et que tu ne puisses pas plus t’en passer que de l’air que tu respiresc.
J.
1 Il s’agit vraisemblablement de Mary Sixty, cuisinière très pieuse de Victor Hugo.
a « que je l’ai passé ».
b « les beaux dessins me passe ».
c « tu respire ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
