« 17 novembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 61-62], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8956, page consultée le 23 janvier 2026.
17 novembre [1837], vendredi, midi ½
Bonjour mon petit homme bien aimé, bonjour mon cher petit Toto. Je fais bien la
paresseuse tandis que tu travailles, toi, ou du moins j’en ai bien l’air tandis qu’en
réalité je dors si peu la nuit et je suis si préoccupée de toi que la fatigue de la
nuit se fait sentir le matin et je suis forcée de dormir autant de temps que j’en
ai
passé à me retourner dans mon lit. Il faut que je me dépêche cependant de me lever
dans le cas où le Manière se déciderait à venir tantôt, ce qui est peu probable.
Comment vas-tu ce
matin, mon cher petit homme chéri ? Je ne t’ai pas quitté de la pensée un seul
instant, dormant ou éveillée c’est toujours toi qui m’occupais. Cette nuit j’étais
dans ta chambre essayant d’y faire du feu sans pouvoir y réussir. Tu avais bien froid
et j’étais bien malheureuse. Tous ces vilains rêves n’arriveraient pas si tu couchais
avec moi toutes les nuits comme c’est ton devoir. Je n’ose pas grogner mais ce n’est
pas faute d’envie, et le gargarisme que j’ai dans la gorge ne m’en empêcherait pas
si
je ne craignais pas de crier dans le désert. Je fais donc bonne mine à mauvais jeu
pour vous mon vilain homme. Tâchez au moins de m’en récompenser en venant de bonne
heure. D’ailleurs il faut que vous soyez là dans le cas extraordinaire où viendrait
Manière. En attendant je t’aime, je pense à toi, je te plains et je t’adore. N’oublie
pas si tu vois Boulanger de lui redemander
mes dessins. J’en ai absolument besoin pour mon bonheur particulier. Et puis je baise
tes petits pieds pour les réchauffer.
Juliette
« 17 novembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 63-64], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8956, page consultée le 23 janvier 2026.
17 novembre [1837], vendredi soir, 4 h. ¾
Comprends-tu que ce hideux Manière ne soit pas venu encore ce soir, et qu’il ne m’ait pas écrit ? Je ne sais que
penser de cette façon d’agir plus que sans-gêne. Quant à toi, mon pauvre bien-aimé,
je
sais combien tu as d’affaires et je ne t’en veux pas de n’être pas encore venu
aujourd’hui. J’espère que tous ces ennuis vont finir bientôt, car s’ils devaient se
prolonger comme ça encore très longtemps, cela ne serait pas tenable.
J’ai là
une lettre que je crois être de Claire. Dans
le cas où tu tarderais à venir, je l’ouvriraia, ce qui serait assez juste je crois. Il fait un temps de
chien, il pleut, il gèle. Toujours est-il que tu feras bien de faire attention à toi.
Quand donc les gilets de flanelle ? C’est aujourd’hui que tu auras vu le nouveau
maître de Charlot sans doute ? C’est pour
cela que tu ne seras pas venu et c’est pour cela aussi que tu n’auras pas pensé une
seule fois à ta pauvre vieille Juju qui t’aime
tant et qui te désire toujours. Quoique ce soit très méchant et très vilain, je vous
pardonne pour aujourd’hui à condition que vous ne me laisserez pas toute la soirée
seule. J’ai bien mal à la tête. J’ai le cœur triste. Je suis sûre que votre présence
dissipera tout cela comme par enchantement. Mais pour que cela ait lieu, il faut venir
et venir tout de suite, ou sans cela je ne réponds plus de rien que de vous aimer
toujours comme une pauvre folle. Je baise vos cils et vos dents.
Juliette
a « ouvrirais ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
