« 12 juillet 1881 » [source : BnF, Mss, NAF 16402, f. 154-155], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8442, page consultée le 26 janvier 2026.
Paris, 12 juillet 1881, mardi matin, 7 h.
Cher bien-aimé, puisses-tua
avoir passé une aussi bonne nuit que la mienne qui a été excellente.
Cette
satisfaction du corps ne m’empêche pas de penser à notre pauvre ami Paul de Saint-Victor dont le service se fera
aujourd’hui à l’église Saint-Germain-des-Prés à midi1.
Quelle douleur pour sa pauvre jeune fille et quel deuil
pour ses amis !
J’espère que la pauvre enfant trouvera quelque adoucissement à sa
peine dans l’hommage si sympathique et si tendre que tu rends à la mémoire de son
père2 ; et que, l’âme
elle-même de ce père, si digne d’être regrettée, te bénira d’avoir consolé son enfant
en immortalisantb à jamais parmi les hommes le souvenir de son père. Merci en son nom et au mien
et sois béni par Dieu comme tu l’es par nous tous qui vivons de ta pensée et dans
ta
pensée.
Tu m’avais promis de mettre ma restitus d’avant-hier sous tes yeux sur la cheminée mais je ne l’y ai pas
vuec ce matin et j’en suis très
ennuyéed parce que rien ne me
coûte plus que de te parler argent. D’abord parce que j’y suis très maladroite ;
ensuite parce que ma susceptibilité naturelle s’y blesse presque toujours. Il faudra
bien, pourtant, dans le cas où tu ne retrouverais pas ce pauvre gribouillis, que je
prenne mon courage à deux mains pour le recommencer. Cette perspective suffit pour
me
rendre presque fiévreuse.
Entre-temps, comme on dit à Bruxelles en Brabante, je te fais remarquer que je te rends
en double la restitus d’hier avec celle d’aujourd’hui3. J’espère que cette exactitude à payer mes
dettes de cœur te porteraf à
l’indulgence pour mon dernier méfait et que tu tiendras compte de mon recours en grâce
en l’honneur du 14 juillet, anniversaire de la prise de la Bastille, et en l’honneur,
surtout, du Grand Saint-Victor dont la fête se fait au ciel et sur terre le 21
juillet. Puisse ma confiance en ces deux grands anniversaires n’être pas déçue.
En attendant je fais une partie de l’intérim de Célanie4 que la pauvre Virginie ne peut pas faire entier à elle seule. Heureusement que
laditeg Célanie revient demain,
ce qui nous rend le dernier coup de collier un peu moins pénible. Cher adoré, j’allais
oublier de te dire qu’il y a séance publique à deux heures au Sénat aujourd’hui.
Mais ce que je n’oublie pas et ce que je n’oublierai jamais c’est que je t’aime de
toute mon âme.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 Hugo note dans son carnet le 9 juillet : « Saint-Victor est mort. Coup violent. J’ai pleuré. ».
2 Victor Hugo a chargé Paul Dalloz de lire un message de sa part lors des obsèques (Actes et paroles IV).
3 Juliette n’a pas écrit à Hugo la veille.
4 Le 9 juillet, Juliette écrit avoir accordé à Célanie son congé annuel de trois jours.
a « puisse-tu ».
b Juliette écrit « immorta- » en bout de ligne et oublie d’écrire « lisant » au début de la page suivante.
c « vu ».
d « ennuiée ».
e « Braban ».
f « porteront ».
g « la dite ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
une partie de l’avenue d’Eylau est rebaptisée « avenue Victor Hugo ».
- 17 févrierMort de son beau-frère Louis Koch.
- 4 marsHommage du Sénat à Hugo.
- 31 maiLes Quatre Vents de l’esprit.
- 12 juilletUne partie de l’avenue d’Eylau est rebaptisée « avenue Victor Hugo ».
