« 7 mars 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 217-218], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7685, page consultée le 25 janvier 2026.
7 mars [1841], dimanche matin, 11 h. ¾
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon cher adoré.
Je viens de recevoir une
bonne petite lettre de Claire dans laquelle elle m’envoie une charmante petite image pour Dédé1. Il paraît qu’elle
travaille beaucoup et qu’on est content d’elle et qu’elle désire me voir et que je
lui
écrive de temps en temps. Voilà, mon cher Toto, les
nouvelles de ce matin.
Pourquoi n’êtes-vous pas venu, cher bijou ? Pourquoi ?
Pourquoi, répondez vite et bien ou je me fâche pour de bon. Vous m’avez cependant
laissé votre bel habit en gage. Si je voulais, je pourrais exercer sur lui une
affreuse vengeance mais je ne veux pas, je me borne à vous accabler de mon mépris.
Voime, mais ça ne vous fait pas assez de mal, il
faudra que je trouve encore autre chose. À propos, vous savez que je ne veux plus
manger de raisin2 la nuit ; voilà déjà deux ou trois fois qu’il me fait du mal
mais cette nuit j’en ai été sérieusement indisposée. Je ne peux pas digérer cet espèce
de fruit, c’est assez singulier car tout le monde le digère sans peine. J’ai encore
l’estomac malade du travail laborieux de cette nuit.
J’ai oublié de te dire, mon
cher adoré, que je ne peux pas copier auparavant que tu n’aies vu les cinq premières
pages de ma copie afin que je sache si je peux continuer et m’indiquer en même temps
les choses à copier3. Voilà, mon Toto, après quoi je m’y
mettrai de tout cœur car rien ne me plaît plus que ce genre d’ouvrage. Je vous
[aime ?].
Juliette
1 Juliette et sa fille pensent souvent à Adèle fille et lui font parfois de petits cadeaux comme des dessins ou des fleurs.
2 Le raisin est un fruit que Hugo apprécie particulièrement et Juliette s’arrange pour lui en proposer aussi fréquemment qu’elle le peut.
3 C’est le 3 mars au soir que Hugo a confié ces textes à Juliette (voir sa lettre).
« 7 mars 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 219-220], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7685, page consultée le 25 janvier 2026.
7 mars [1841], dimanche soir, 5 h.
Vous venez aussi peu le dimanche que les jours de la semaine, mon Toto, ce qui fait
que pour moi les jours de la semaine sont aussi tristes que les dimanches et
réciproquement. Il fait un vilain temps humide et je suis sûre, exceptée ma pauvre
Joséphine, de ne voir personne. Il est
vrai que la pauvre fille est loin d’être amusante ; c’est la vertu personnifiée, c’est
tout dire.
À propos, j’ai vu Résisieux, sa bonne et son frère1, mais
j’ai à peine eu le temps de la voir tant l’affreux Jonas poussait d’affreux cris. Force a été de le remmener bien vite pour
le faire taire. Quelle horrible petitea haridelle2, excepté la voix c’est un fantôme3. Jour Toto, jour mon petit
o.
Puisque vous vous moquez si bien de mes talents de ménage, de l’impulsion
que je donne à l’ouvrière4 pour l’entretien de vos
zaillons, vous trouverez bon que je ne m’en mêle plus. Je n’ai pas besoin de me donner
beaucoup peine pour vous servir de risée : « M. prend son café
sans doute5 ». Moi, je
prendrai mon bâton et je vous en ficherai des coups, nous verrons lequel des deux
sera
le plus spirituel.
1 Résisieux et Jonas sont les petits Besancenot.
2 Familier : mauvais cheval maigre, et au sens figuré, personne sèche et maigre dont l’extérieur est désagréable (Littré).
3 Juliette décrit fréquemment dans ses lettres le garçon comme très agité, insupportable, un « petit scélérat ». Cependant, comme c’est le seul qu’elle fréquente de près, elle appelle généralement aussi « Jonas » tous les autres garçonnets qu’elle rencontre.
5 Populaire et figuré : rire et se moquer. « Monsieur prend son café », c’est-à-dire vous vous amusez à mes dépens (Littré).
a « Quel horrible petit ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
