« 3 novembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 115-116], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12244, page consultée le 24 janvier 2026.
3 novembre [1845], lundi après-midi, 4 h.
Je ne t’avais pas encore écrit, mon bien-aimé, quand tu es venu, mais je
t’avais désiré, mais je t’avais aimé de toutes mes forces. Le lundi, en
général, je suis en retard parce que j’ai toujours ma TOILETTE du
dimanche à serrer et l’ouvrage d’Eulalie à apprêter. Demain je serai à jeun de ce côté-là
et je pourrai faire mon petit gribouillis dès le matin. Tout à l’heure
je vais me mettre à copier jusqu’à l’heure du dîner et puis je
reprendrai ce soir après le dîner.
Cher petit bien-aimé, je ne veux
pas te donner la peine d’arranger les soies parce que j’ai besoin de les
distribuer à mes péronnelles et qu’une fois arrangées par toi, je ne
pourrais pas me résigner à les leur donner. Il vaut donc mieux que tu ne
le fassesa pas,
ce sera une peine de moins pour toi et pour moib
beaucoup de regrets inutiles.
5 h.
Je viens de recevoir la visite de Mme Guérard qui est
dans son grand habit de veuve. Elle m’a paru très convenable. Son
chagrin n’a rien d’exagéré et par cela même il est plus sympathique.
Elle m’a dit de te dire beaucoup de bonnes choses, ce dont je m’acquitte
en conscience. Tu m’as promis de revenir ce soir avant ton dîner, mon
petit homme chéri, j’y compte parce que c’est déjà un bonheur que
d’espérer te voir. Mais aussi si tu ne viens pas, je serai trop attrapéec et je ne serai pas
contente. Mais tu viendras, n’est-ce pas que tu viendras ? N’est-ce pas
que tu as besoin de me voir, que tu pensesd à moi et que tu
m’aimes ? Je t’aime trop, tu es trop ma vie et ma joie pour que tu
n’éprouves pas pour moi un peu d’amour de ton côté. Je t’attends donc
tout à l’heure, mon petit Toto, tâche de ne pas me faire regretter ma
confiance.
Mon Victor chéri, mon amour, mon bien-aimé, je suis
heureuse, je pense à toi, je te désire, je t’attends et je t’adore.
Dépêche-toi de venir pour que j’aie plus longtemps à te voir. D’ici là,
je baise toute ta ravissante petite personne depuis la tête jusqu’aux
pieds.
Juliette
a « tu ne le fasse ».
b « pour toi et et pour moi ».
c « attrappée ».
d « tu pense ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
