« 8 juillet 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16371, f. 149-150], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8576, page consultée le 05 août 2026.
Bruxelles, 8 juillet 1852, jeudi après-midi, 1 h.
Cher petit homme tu aurais eu besoin sans doute que je te copiasse quelque chose et
tu t’en es privé à cause de cette bête de Suzanne qui t’a
dit que j’avais mal à la main. Mais mon petit homme tu aurais dû penser que cela ne
m’empêchait pas de copier. À preuve c’est que je n’ai cessé que deux jours sur vingt
et cela pendant
les plus grands paroxysmes de mes attaques. Je regrette que tu n’aies pas songé à
cela car j’aurais eu bien du bonheur à te consacrer ma journée entière. Du reste si
tu viens de bonne
heure je pourrai m’y mettre tout de suite et rattrapera le temps perdu. D’ici là je tâche de faire disparaître cette absurde douleur
qui abuse de l’hospitalité que je lui ai lâchement donnée. Je viens de faire acheter
de l’eau de Cologne pour l’exorciser en la houspillant de la bonne manière.
Cher petit homme,
savez-vous que je m’abonnerais très bien à la calèche à perpétuité et que je m’acoquinerais
trop bien à ces promenades aristocratiques. Aussi je vous conseille de ne pas m’habituer
à ces
ravissantes dorlotteries et à reprendre au plus vite nos courses pédestres. Il vaut
mieux conserver nos moyens, si nous en avons, pour une petite excursion d’un mois,
soit en Écosse soit
en Irlande. Il me semble que si nous pouvions avoir ce bonheur1 encore une fois tous mes maux physiques et moraux disparaîtraient pour ne
plus jamais revenir. En attendant je me contente très bien d’une petite promenade
bras dessus bras dessous d’une heure appuyée sur ton cher petit bras pendant laquelle
tu souris aux
agaceries des belles filles flamandes par les fenêtres ouvertes. Vous voyez que je
ne suis pas difficile à contenter et qu’il ne faut pas avoir une heure dans la journée
pour me refuser
ce bonheur si peu compliqué.
Juliette
1 Les voyages que Juliette Drouet et Victor Hugo effectuent au rythme régulier d’un par an entre 1835 et 1840 sont pour elle des périodes de plaisir comme le montre Jean-Marc Hovasse dans « Le plaisir d’être en voyage ou les voyages vus par Juliette », Mon âme à ton cœur s’est donnée, Juliette Drouet-Victor Hugo, Maison de Victor Hugo/ Paris Musées, 2012, p. 135-144.
a « rattrapper ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
