« 17 septembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 161-162], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5495, page consultée le 25 janvier 2026.
17 septembre [1844], mardi soir, 5 h. ½
Quel temps, mon bien-aimé, et comme M. B.1 a
bien fait de venir se jeter à travers notre projet de partie de campagne pour
aujourd’hui. Il est vrai que nous n’y serions pas allés voyant la pluie diluvienne
qui
tombe depuis ce matin. Mes regrets, d’ailleurs, sont très adoucis par la charmante
petite matinée que tu m’as donnée aujourd’hui et si je n’avais pas la crainte de ne
pas te voir ce soir, je serais la plus heureuse des femmes dans ce moment-ci malgré
mon pied et ma tête qui me
harcèlent à qui mieux mieux tous les deux.
J’ai envoyé Suzanne chez M. Alb.2 tantôt. M’en voilà quitte pour longtemps je l’espère. Il est
probable que tu le verras aujourd’hui ou demain. Chacun son tour Paillasse3. Décidément, je n’y vois pas clair et j’ai manqué déjà
plusieurs fois de mettre ma plume dans mon oreille, croyant la mettre dans l’encrier.
Voime, voime, c’est fort désagréable, qu’en
dites-vous, mon cher petit chenapan ?
Jour Toto, jour mon cher petit o, papa est bien i. Mais il ne vient pas assez souvent déjeuner avec sa Juju. C’est pourtant bien bon. Voillà mon
opinnion. Taisez-vous, dépêchez-vous de m’apporter à copire. C’est la seule consolation que vous puissiez me donner. Dépêchez-vous de me
l’offrir. En attendant, je fais piocher ma pauvre péronnelle4 qui a déjà englouti plus de
la moitié de ses vacances, à son grand regret. Pauvre enfant, Dieu veuille qu’elle
sente toujours le même bonheur à venir chez sa mère. Mon Toto, il faut que je me hâte
de te dire tout ce que j’ai dans le cœur si je veux profiter de la dernière lueur
de
jour qu’il y [a] encore dans ma croisée. J’avais honte de faire
allumer la lampe à 6 h., le 17 septembre ! C’est vraiment trop fort et j’aime mieux
me
crever les yeux que d’y consentir. D’ailleurs, il ne faut pas voir si clair pour faire
l’amour, AU CONTRAIRE, les baisers sont toujours à leur place n’importe où on les
pose. Moi je mets tous les miens dans ces deux mots – je
t’adore.
Juliette
1 À élucider.
2 Il s’agit probablement d’une abréviation pour « M. Alboize », mentionné dans la lettre précédente.
3 « Paillasse est le comique de la parade joué sur les tréteaux en plein vent ; son maître n’y est que son compère, aux dépens duquel il fait rire les spectateurs […] Paillasse est aussi le loustic des spectacles d’acrobates, où il parodie grotesquement les sauts et les gambades des danseurs de corde ; c’est cette partie de ses attributions où le funambule lui dit, après avoir exécuté son tour de force : « A ton tour, Paillasse », qui a fait de ces mots une sorte de dicton ou de proverbe. », Dictionnaire de la conversation et de la lecture, t. 41, 1837, p. 431.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
