« 12 juillet 1852 » [source : Collection particulière], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11149, page consultée le 08 mai 2026.
Bruxelles, 12 juillet [1852], mercredi matin, 7 h.
Bonjour, mon pauvre doux bien-aimé, bonjour avec tout mon cœur et avec toute mon âme,
bonjour. J’ai beau vouloir prendre le dessus sur ce triste événement d’hier je n’en
viens pas à bout car, outre la perte matérielle qui est immense pour nous, surtout
dans ce moment-ci, il y a la perte morale, la confiance, l’estime que rien ne peut
remplacer1. Je ne sais pas ce que je ne donnerais pas
pour que cette chose si louche se dénoue à l’honneur de la probité de cette
malheureuse famille. Aussi j’attends demain avec une impatience que rien ne peut
exprimer mais au fond sans grand espoir de voir se réaliser la seule chance que nous
ayons c’est-à-dire un retard dans le service de la poste.
Pardon, mon pauvre
bien-aimé, de t’entretenir encore de cette chose triste à tous les points de vue mais
il m’est impossible de penser à autre chose. Ta douleur, ta résignation et ton courage
sont autant de regrets qui m’entrent dans le cœur et le font saigner. Pauvre, pauvre
grand adoré, c’est presque un remordsa pour moi que ce surcroît d’embarras t’arrive à mon occasion.
Aussi mon chagrin se ressent de cette fausse position et s’en accroît d’autant. Pardon
encore une fois mon généreux et ineffable bien-aimé, pardon de ma douloureuse
susceptibilité, pardon de t’aimer trop. Je te souris, je ne pleure plus. Je t’aime
et
je me résigne à mon tour à ma mauvaise chance. Cher adoré est-ce que tu as pu dormir
cette nuit, malgré la chaleur et tout ce que tu avais bu de bière et d’eau ? Quant
à
moi je n’ai pas fermé l’œil et j’ai passé mon temps de minuit à 6 h. du matin à
changer de chemises. Aussi ce matin je suis un peu fatiguée mais cela se dissipera
dans la journée. D’ici là je vais finir de copier ce que tu m’as donné et puis je
t’attendrai et puis je serai bien heureuse malgré tout si tu viens de bonne heure.
Juliette
1 Un mandat de 310 F. envoyé à Mme Lanvin s’est perdu, comme l’indique la lettre précédente.
a « remord ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
