« 18 décembre 1846 » [source : MVH, α 7826], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1567, page consultée le 07 mai 2026.
18 décembre [1846], vendredi matin, 10 h.
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour, mon adoré petit Toto, bonjour, je te baise
depuis la tête jusqu’aux pieds, à l’envers et à l’endroit, au dehors et en dedans
pour
me rabibocher de ne vous avoir presque pas vu cette nuit. Ce sont des délicatesses
pour mon sommeil que je vous prie de ne plus avoir parce que c’est mon bonheur qui
en
fait tous les frais. Je n’ai pas besoin de donner des louis d’or de mon bonheur pour
les vieux sous vert-de-grisés de ma vie. Je trouve cela fort bête et d’une très
mauvaise économie.
Quel beau temps aujourd’hui ! et dire que je ne pourrai pas en
profiter, c’est triste. Du reste je suis toujours au même point : rien le matin. Je veux attendre jusqu’aux premiers jours de janvier pour être
bien sûre de mon affaire après quoi nous ferons venir M. Triger et tu assisteras à cette humiliante cérémonie
puisque tu crois que tu n’en éprouveras pas de mauvaise impression. Le bon Dieu aurait
dû m’épargner cette odieuse corvée en m’envoyant une autre maladie. Enfin que sa
volonté soit faite, il sait ce qu’il veut mieux que nous ne le comprenons nous-mêmes.
Ce que je vois, ce que je sais, ce que je sens, c’est que tu es adorablement bon.
Je
n’ai pas trop de tout mon cœur et de tout mon amour pour t’en exprimer toute ma
reconnaissance. Mon Victor je t’aime à genoux. Toutes mes pensées et tous mes désirs
sont tournés vers toi. Je voudrais n’être plus qu’une âme pour ne te quitter jamais,
si les âmes ont cette liberté d’être avec ceux qu’elles ont aimés sur la terre. Je
t’aime, je t’aime, je t’aime !
J’ai copié hier au soir jusqu’à onze heures.
Aujourd’hui il me reste peu de choses à finir et que je compte faire dans la matinée
afin que tu sois forcé de m’en donner d’autre chapitre à copier. Si je n’avais pas
eu
cette bête de souffrance, il y a longtemps déjà que ce serait fait et que je saurais
les tristes aventures de mon pauvre Jean Tréjean. J’ai une peur affreuse que tu ne
le
rendes trop malheureux. Je sens bien que c’est dans l’intérêt de tous ces pauvres
parias que tu accumules tant de douleurs et tant de misère sur
un pauvre être que le bon Dieu avait fait primitivement bon et inoffensifa. Mais cela aura l’inconvénient de
serrer le cœur et de navrer l’âme de ceux qui te liront, si j’en juge d’après ce que
j’éprouve. Pardonne-moi tous ces rabâchages de vieille portière sensible et aime-moi,
cela ne sera que juste car je t’aime plus que ma vie, plus que tout au monde. Je
t’adore, mon doux bien-aimé, de tout mon cœur.
Juliette
a « innofensif ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
